2022

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Macro week

Macro week

Chaque nouvelle semaine, un nouveau thème ! Et quoi de plus naturel que de commencer par la semaine macro et l’opinion de notre CIO sur les changements et défis qui nous attendent en 2022 ?

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01 Dec

Macro week

Perspectives 2022 : fin prêt pour la transformation ?

Vincent Hamelink

Chief Investment Officer

Un an après la découverte des vaccins anti-Covid, les marchés financiers ont déjà tourné la page de la pandémie. Au contraire de l’économie.

Les nombreuses perturbations au sein des chaînes d’approvisionnement, des marchés de l’emploi ou des marchés des matières premières en sont la preuve. La plus longue période de croissance aux Etats-Unis (128 mois) a été suivie par la récession la plus courte (2 mois) et le rebond le plus puissant jamais observé jusqu’à présent.

Poursuite de la reprise de la croissance dans les pays développés

Comme nous l’espérions, 2021 a été une année de renaissance, une année axée sur les développements dans le secteur de la santé, la réouverture progressive et le retour à une vie plus « normale ». Les bonnes performances économiques devraient se maintenir en 2022, avec une croissance d’environ 4 % tant aux États-Unis que dans la zone euro. Et pourtant, chacun a le sentiment que la période actuelle n’est que le début d’un monde nouveau dans lequel la pandémie a changé la donne. Nous pensons que l’ensemble des économies développées devraient retrouver leurs niveaux de production pré-pandémiques d’ici la fin de l’an prochain, tandis que certains marchés émergents et pays en développement continueront d’enregistrer des pertes de production. En outre, la croissance de l’emploi devrait afficher un temps de retard sur la reprise de la production. En effet, nous nous attendons à ce que l’emploi global ne retrouve que les deux tiers de son niveau pré-pandémie, en raison notamment des craintes sanitaires persistantes et de l’adoption accélérée de l’automatisation.

Chart: Real GDP Trajectory

Une inflation « transitoire », une réponse des banques centrales adaptée

Nous anticipons un rééquilibrage progressif entre l’offre et la demande dans un contexte de croissance supérieure au potentiel parmi les grandes économies développées. Alors que la forte demande est confrontée aux goulets d’étranglement liés à la pandémie, des tensions apparaissent et se traduisent par une hausse des prix. L’inflation devrait rester élevée, au moins durant la période hivernale. Dès lors, nous sommes d’accord avec le président de la Fed Jerome Powell pour qui le terme « transitoire » ne signifie pas de courte durée, mais plutôt une situation peu susceptible de déboucher sur une « accélération durable ou très persistante de l’inflation ». Les anticipations d’inflation devraient atteindre un pic en 2022. Cela étant, les craintes d’inflation risquent de fluctuer au cours du premier semestre 2022, mettant ainsi à l’épreuve la patience des banques centrales, attisant la volatilité sur le marché obligatoire et des rotations des styles d’investissement en actions.

Chart: Peak of inflation in 2022

Nous reconnaissons que les risques d’entame précoce du relèvement des taux de la Fed et d’un cycle de resserrement bien moins anodin que le précédent s’accroissent. Un risque extrême pesant sur notre scénario central serait que les mesures de relance budgétaire et monétaire inédites à l’origine du boom économique actuel ne deviennent insoutenables et se transforment en un cycle en dents de scie marqué par une forte inflation, entraînant une récession à double creux. Ce n’est pas notre scénario principal. Nous n’anticipons pas d’inversion de la courbe en 2022 car la marge de manœuvre pour un aplatissement nous semble suffisante.

Quelle allocation d’actifs pour un portefeuille diversifié ? Préférer les actions aux obligations à l’entame de 2022 et rester flexible

Dans ce contexte, le rendement des bons du Trésor américain à 10 ans devrait évoluer dans une fourchette comprise entre 1,5 % et 2,5 %, justifiant une duration courte. Cet environnement volatil devrait conduire la courbe des taux à alterner entre pentification et aplatissement, au gré des craintes d’inflation et, surtout, en fonction de réaction de la Réserve fédérale. Alors que l’économie américaine se rapproche du plein emploi, la banque centrale devrait mener à bien son « tapering » d’ici juin 2022 et relever ses taux au second semestre.  La transition d’un cycle de hausse des taux de la Fed est une période très délicate, historiquement associée à un aplatissement de la courbe des taux. Par conséquent, il convient selon nous de sous-pondérer le crédit américain et d’adopter un positionnement positif sur le crédit européen. S’agissant des marchés actions, le contexte de pentification initiale de la courbe des taux couplée à une croissance supérieure au potentiel nous amène à entamer 2022 avec un positionnement positif. La responsabilité reste notre choix délibéré en ce qui concerne les actions, en recherchant des opportunités et en sélectionnant des entreprises innovantes qui investissent dans le monde de demain : prestataires de soins de santé, entreprises qui accélèrent leur transition vers la décarbonation, minimisant les déchets et adhérant à la révolution de la mobilité. Les entreprises qui misent sur les technologies disruptives méritent également une place prépondérante dans les portefeuilles.

Des opportunités d’investissement se dégagent dans un environnement difficile pour les économies émergentes

Le resserrement monétaire aux États-Unis pèse généralement sur les classes d’actifs émergentes. Cette fois-ci, les marchés financiers ont déjà commencé à intégrer cette évolution. La plupart des banques centrales d’Amérique latine et d’Europe de l’Est - Brésil, Mexique, Russie et Pologne - ont déjà durci leur politique.

Après avoir été le seul pays du G20 à enregistrer une croissance positive du PIB en 2020, l’environnement d’investissement en Chine est devenu particulièrement difficile en 2021. La dynamique de croissance s’est affaiblie, affectée par la stratégie zéro-Covid, les mesures visant à réduire les émissions de carbone et un refroidissement délibéré du marché immobilier. Alors que Pékin est susceptible d’intensifier ses mesures d’assouplissement monétaire et budgétaire (sans atténuer sa fermeté à l’égard du secteur immobilier), les risques vis-à-vis de la croissance sont orientés à la baisse. Notre analyse montre que les marchés financiers ont intégré ces mauvaises nouvelles et que les valorisations en Chine semblent de plus en plus attractives. Les autorités chinoises sont convaincues qu’un nouveau « point de départ historique » a été atteint sous la direction de Xi Jinping. Ce dernier semble appelé à se voir attribuer un troisième mandat de 5 ans en tant que chef suprême lors du 20e congrès du Parti communiste prévu mi-octobre 2022, apportant de la continuité et de la visibilité aux investisseurs.

Chart: Relative P/E MSCI China vs. MSCI World

La zone euro reste bien soutenue

En Europe, la BCE devrait maintenir son ton conciliant. La zone euro étant plus loin d’atteindre le plein emploi, la BCE restera accommodante - il serait surprenant de la voir commencer à relever son taux à court terme avant mi-2023. Même si le programme d’achats d’urgence pandémique (PEPP) prend fin en mars comme largement anticipé, d'autres programmes d’achat d’actifs pourraient être ajustés afin d’atténuer l’impact de l’abandon du PEPP. La BCE poursuivant ses achats d’obligations en 2022 quand la Réserve fédérale arrêtera progressivement les siens, le crédit européen nous semble plus attractif que le crédit américain.  Emboîtant le pas à ceux aux États-Unis, les rendements obligataires dans la zone euro devraient toutefois évoluer à la hausse et nous visons un rendement de 0,2 % pour les Bunds allemands à 10 ans. A l’inverse, les investisseurs devraient se montrer plus prudents vis-à-vis des spreads des pays européens périphériques, qui nous semblent déjà intégrer une part importante des bonnes nouvelles.

Sur le plan budgétaire, le déploiement du plan Next Generation EU ira en s’accélérant, les budgets 2022 ne semblant pas restrictifs. L’ordre du jour sera dominé par la réforme du Pacte de stabilité et de croissance, qui date de 1997, époque où les rendements obligataires de la zone euro étaient positifs de plusieurs centaines de points de base.

Investir pour une ère nouvelle

Après deux ans de confinements et de réouvertures, nous pensons que 2022 sera une année plus « normale » dans ce qui sera, nous l’espérons, l’ère post-Covid marquée par une nouvelle normalité.

La Covid-19 a été pour le monde un coup de semonce nous rappelant le plus grand défi auquel nous sommes confrontés, à savoir le développement et la mise en œuvre d’une transition énergétique juste et inclusive pour lutter contre le changement climatique. Dans le sillage de la COP26, une multitude d’annonces et de promesses ont été faites pour réduire les émissions nocives et limiter la hausse des températures. 2022 sera une année charnière. En tant qu’investisseurs responsables, nous avons le devoir de faciliter et d’accélérer cette transition. Le développement durable est selon nous un moteur clé de la performance des placements et nous pensons qu’une gestion active sera déterminante pour sélectionner les entreprises dont les modèles économiques contribuent de manière positive au monde de demain.

C’est sur cette note pleine d’espoir que je vous souhaite une excellente année 2022.

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02 Dec

Macro week

Le jeu d’attente - combien de temps ?

Nicolas Forest

Global Head of Fixed Income

Céline Deroux

Senior Fixed Income Strategist, Global Bonds

Les objectifs des banques centrales sont-ils compatibles avec la stabilité financière dans un contexte d’inflation plus forte ? Après les récents changements stratégiques dans les politiques monétaires et les réponses post-pandémie audacieuses, les responsables politiques cherchent également un équilibre entre les inégalités découlant de l’assouplissement quantitatif et leur rôle dans la lutte contre le changement climatique.

Un équilibre instable ?

L’inflation mondiale reste élevée en raison des goulets d’étranglement de la chaîne d’approvisionnement et des pénuries de main-d’œuvre. Alors que les tensions sur les prix se poursuivent à un rythme soutenu, les marchés obligataires sont devenus plus offensifs et ont déjà mis à l’épreuve les fonctions de réaction des banques centrales des pays développés. En particulier, l’Australie a retiré le plafond de rendement qu’elle avait maintenu sur les obligations à 3 ans.

La Fed américaine - Objectif d’inflation moyenne et plein emploi

La Réserve fédérale américaine a un double mandat, plus précisément la stabilité des prix et le plein emploi. Il y a un an, la Fed a également adopté un objectif d’inflation moyenne flexible de 2 % (FAIT), qui doit être cohérent avec un marché du travail de plein emploi. Par conséquent, la Fed peut accepter un excès d’inflation tant que le plein emploi n’est pas atteint. Dans ses dernières communications, la Fed a admis que l’inflation était supérieure à son objectif de 2 % et qu’elle se rapprocherait de 2,2 % d’ici fin 2022, mais elle a qualifié cet excès de transitoire. Alors que la reprise de l’économie américaine se poursuit, la Banque centrale a annoncé une politique de normalisation visant à réduire de 15 milliards $ ses 120 milliards d’achats d’actifs mensuels en novembre et décembre, dans le but d’arrêter les achats d’obligations vers la fin du deuxième trimestre 2022. Selon le « Dot Plot » du FOMC, les hausses de taux devraient intervenir après la fin de la réduction du programme d’achats (« tapering »), l’économie américaine étant encore loin du plein emploi (la participation au marché du travail n’a pas augmenté, en partie en raison des programmes de retraite anticipée).

Résultats ? Après avoir observé une hausse des prix à la consommation de 6,2 % en glissement annuel en novembre, les investisseurs semblent désormais intégrer le fait que la Fed augmentera les taux d’intérêt plus tôt et plus fortement que ce qu’elle semble indiquer actuellement. Nous pensons que la Fed pourrait procéder à deux hausses de taux au second semestre de 2022. Reste à voir comment la Fed va gérer son bilan surdimensionné. Une réduction active de son bilan pourrait avoir lieu avant, pendant ou après les premières hausses de taux. Pour le moment, ce sujet n’a pas été traité, mais il fera certainement partie des futures décisions de politique monétaire, car il pourrait compléter la boîte à outils de la Fed sur sa trajectoire vers une normalisation de sa politique.

BCE - Objectif d’inflation symétrique et climat

En Europe, la BCE a adopté un objectif d’inflation symétrique et a confirmé ses indications prospectives. En outre, la Banque tiendra compte des facteurs climatiques dans son évaluation de la politique monétaire. La BCE table sur une inflation supplémentaire à court terme, qui connaîtrait une baisse en 2022 avant de passer sous l’objectif de 2 % en 2023. Concernant les achats d’actifs, le programme PEPP de 1 875 milliards € va se poursuivre à un rythme plus lent pour s’achever en mars 2022. Il sera suivi d’un programme d’achat d’actifs plus flexible.

Résultats ? Comme aux États-Unis, les anticipations d’une hausse de l’IPC européen, autour de 4 %, ont donné lieu à des rumeurs de potentielle hausse des taux en 2022. Cette option a été largement rejetée par Mme Lagarde lors de la dernière communication de la BCE sur les décisions de politique monétaire.

Les marchés émergents présentent un contraste

Cette « approche patiente » des banques centrales des marchés développés contraste fortement avec les récentes mesures des banques centrales des marchés émergents. Par exemple, le Brésil a relevé ses taux de 575 pb depuis le début de l’année 2021, avec notamment une hausse de 150 pb en octobre, la plus forte hausse décidée par sa Banque centrale en une seule réunion ces 20 dernières années.

Réactions prochaines, résultats au fil du temps

D’une part, les banques centrales des marchés développés risquent de prendre du retard, auquel cas elles pourraient être amenées à agir de manière agressive en cas de désancrage des anticipations d’inflation. L’inflation représente désormais le principal sujet de préoccupation pour les entreprises, tandis que les consommateurs ressentent l’impact de la hausse des prix. Les pressions salariales doivent également être suivies de près, car elles pourraient créer une boucle de rétroaction qui pourrait transformer l’inflation à court terme en un élément plus permanent. En revanche, une réponse agressive à l’inflation (potentiellement) transitoire pourrait mettre en péril la reprise économique et précipiter un ralentissement brutal, dans un contexte d’endettement plus élevé des États et des ménages à l’échelle mondiale.

Les moteurs de la hausse des prix - en particulier les goulets d’étranglement de la chaîne d’approvisionnement - devraient perdurer pendant quelques mois, tandis que le choc énergétique rend la trajectoire de la croissance plus incertaine. Dans ce contexte, les nouvelles fonctions de réaction des banques centrales seront rapidement mises à l’épreuve. Seul le temps dira si leur patience aura été récompensée par une croissance solide et une stabilité financière.

Chart: Central Banks Actions Before and Since the Financial Crisis

* Banques centrales - MD = États-Unis, UE, Royaume-Uni, Japon, Canada, Australie, Nouvelle-Zélande, Norvège, Suède, Suisse ME = Chine, Mexique, Brésil, Indonésie, Turquie, Russie, Afrique du Sud, République tchèque, Hongrie, Pologne.

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03 Dec

Macro week

Comment considérer l’inflation en 2022 ?

Nadège Dufossé

Global Head of Multi-Asset

Thematics week

Thematics week

Place à l’investissement thématique! De l’oncologie à la cybersécurité, en passant par la jeunesse ou l’économie circulaire, votre investissement pourrait même sauver le monde.

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06 Dec

Thematics week

L’apprentissage en ligne, un jeu d’enfant ?

Theany Bazet

Thematic Equity Fund Manager

À l’occasion de la Saint-Nicolas, célébrée aujourd’hui en mémoire du saint patron des enfants, Theany Bazet, Thematic Fund Manager, analyse comment les entreprises actives dans le domaine de l’apprentissage en ligne peuvent contribuer à construire un monde de demain plus durable.

De nombreux parents essayent d’éloigner leurs enfants des jeux vidéo et du Web pour les mettre devant un bon livre. Toutefois, la pandémie de COVID-19 a changé la donne dans le monde entier, au moins concernant internet. Pendant les confinements et les fermetures d’écoles, les plates-formes scolaires en ligne sont devenues des outils essentiels pour l’éducation des enfants. Mais pas pour tous.

Une fois encore, les inégalités se sont avérées être un facteur crucial de ségrégation. L’étendue de l’impact sur les enfants des fermetures d’écoles dues à la pandémie dépendait de l’accès et des outils que leurs parents et leurs écoles pouvaient s’offrir pour assurer la continuité pédagogique pendant la pandémie. Non seulement une connexion internet à domicile est considérée comme un luxe dans de nombreux pays pauvres du monde, mais un grand nombre d’écoles traditionnellement démunies ne disposaient pas des outils en ligne nécessaires pour joindre tous leurs élèves pendant la crise, creusant ainsi la fracture numérique[1].

La pandémie de COVID-19 a mis en lumière les difficultés à atteindre l’Objectif de Développement Durable (ODD) 4 des Nations Unies d’ici 2030 (une éducation de qualité pour tous), compte tenu de la fracture numérique qui a empêché la continuité de l’enseignement pendant les confinements pour ceux qui n’avaient pas accès à la technologie. Afin de trouver des solutions pour certains des pays les plus touchés, les organisations internationales telles que l’UNICEF ont collaboré avec les entreprises, montrant que le secteur privé peut jouer un rôle positif dans l’assistance en temps de crise et la réduction des inégalités existantes en fournissant aux élèves et aux écoles un accès à l’internet abordable et fiable, du matériel informatique et des logiciels compatibles avec les plates-formes d’enseignement à domicile.

 « Assurer l’accès de tous à une éducation de qualité, sur un pied d’égalité, et promouvoir les possibilités d’apprentissage tout au long de la vie »

Objectif de Développement Social 4 des Nations Unies

Lorsque la COVID ferme les écoles

Ce qui était vraiment sans précédent pendant la pandémie Covid-19, c’est l’ampleur de la perturbation, avec la fermeture d’écoles dans le monde entier pour plus de 168 millions d’enfants[2]. Environ 214 millions d’enfants dans le monde – soit un sur sept – ont manqué plus des trois quarts de leur apprentissage en présentiel[3]. Selon l’UNESCO, 1,6 milliard d’élèves dans plus de 190 pays ont été affectés par des fermetures d’écoles au pic de la COVID-19 - bouleversant l’apprentissage et la prestation de services essentiels aux enfants et aux jeunes du monde entier, en particulier les plus défavorisés[4].

La majorité (53 %) des enfants des pays à revenu faible ou intermédiaire est confrontée à la « pauvreté éducative »[5]. Il s’agit d’un terme employé par la Banque mondiale dans son étude pour désigner des enfants qui, faute d’éducation suffisante, ne peuvent ni lire ni comprendre un texte simple à l’âge de 10 ans. Le rapport indique un chiffre encore plus élevé (80 %) pour les pays pauvres, dans la mesure où de nombreux enfants ne sont pas scolarisés. Rien que dans les pays affectés par la crise, 127 millions d’enfants et de jeunes n’étaient pas scolarisés en primaire et en secondaire en 2019, l’équivalent de presque la moitié de la population déscolarisée mondiale[6].

Il est donc clair que les fermetures d’écoles induites par la COVID ont eu tendance à nuire particulièrement aux élèves issus de groupes confrontés à la discrimination et à l’absence d’accès à l’éducation avant même la pandémie. Le préjudice à l’éducation de nombreux enfants est largement imputable à des problèmes préexistants, puisqu’un enfant sur cinq était déscolarisé même avant le début de la propagation de la COVID-19[7].

Le rôle durable des entreprises

Les investisseurs auront un rôle à jouer en rejoignant les entreprises, les gouvernements et les organisations internationales dans l’effort visant à atteindre les ODD des Nations Unies et leur objectif principal de « ne laisser personne de côté » d’ici 2030.

Grâce aux efforts internationaux, il existe déjà des exemples d’entreprises qui contribuent à fournir des outils d’apprentissage en ligne, y compris aux écoles et aux élèves disposant de moyens limités. Par exemple, le programme Reimagine Education de l’UNICEF a mis en relation des gouvernements et des entreprises pour fournir des outils d’apprentissage numérique aux enfants et aux adolescents. Il existe manifestement un marché de l’enseignement en ligne abordable, qui peut être comblé par les entreprises de manière durable, dans la mesure où elles suivent les traces des organisations internationales. Un large éventail de fournisseurs peut y être associé, puisque l’apprentissage en ligne ne se limite pas aux logiciels, mais englobe également du matériel et des outils pédagogiques, allant des manuels aux émissions radio pédagogiques, à l’assistance en ligne et aux groupes de soutien, ainsi qu’aux podcasts.

Comme nous l’avons déjà mentionné, dans la plupart des cas, l’impossibilité de fournir des outils pédagogiques en ligne était due à l’absence de connexion internet à domicile ou à l’école. En effet, 1,3 milliard d’enfants âgés de 3 à 17 ans ne disposent pas de connexion internet. C’est pourquoi il existe une place pour des solutions commerciales innovantes sur l’ensemble de la chaîne de valeur de l’enseignement en ligne, à la fois pour les services d’infrastructure et de connectivité.

En effet, la plupart des solutions pour un problème tel que l’enseignement en ligne dans les pays pauvres devront probablement passer par l’innovation. Tout simplement parce que les solutions classiques nécessitent l’accès à un ordinateur connecté à internet ; comme nous pouvons le constater, de nombreuses familles pauvres n’en disposent pas.  Toutefois, 80 % de la population mondiale possèdent un smartphone ; autrement dit, un logiciel qui fonctionne comme une application sur les smartphones pourrait changer la donne. Cela signifie également qu’il existe un vaste marché potentiel pour les entreprises en place.

Chart: Number of Smartphone Users

En effet, il existe plusieurs secteurs qui pourraient non seulement bénéficier de la forte croissance potentielle, mais également respecter les objectifs de développement durable dans ce domaine, tels que les entreprises d’infrastructures (notamment les fournisseurs d’électricité, de services de télécommunication, de réseaux à haut débit et sans fil, d’infrastructures de tours, d’opérateurs de fibre), les fabricants de matériel informatique (smartphones, tablettes, ordinateurs et même jouets éducatifs) et de logiciels (acteurs existants et nouveaux entrants) et les créateurs de contenu (éditeurs et entreprises de formation fournissant non seulement des supports imprimés, mais également du contenu numérique).

Outre la poursuite de l’ODD 4, la proposition de solutions commerciales à ce problème social contribuerait aussi indirectement à réduire les inégalités (ODD 10), à favoriser l’égalité entre les sexes (ODD 5), l’industrie, l’innovation et l’infrastructure (ODD 9) et les partenariats pour la réalisation des objectifs (ODD 17), tout en trouvant un écho dans les ODD 1 et 2 (pas de pauvreté, faim « zéro », travail décent et croissance économique). En effet, une meilleure éducation pourrait ouvrir la voie à de meilleures opportunités à l’âge adulte.

Les efforts internationaux déployés pour améliorer la vie des enfants dans le monde relèvent jusqu’ici presque exclusivement des gouvernements, des organismes de réglementation et des institutions internationales. Les forces du marché commencent cependant à jouer un rôle croissant et les investisseurs, en tant que partie de cette équation, peuvent contribuer à un changement positif.

Le mouvement ESG s’est avéré une force motrice pour inciter les entreprises à intégrer les questions de développement durable à leur vision stratégique tout en exigeant davantage de transparence. L’activisme des actionnaires réclame de plus en plus du changement, de meilleures pratiques et une responsabilisation accrue. Maintenant que les questions sociales occupent davantage le devant de la scène, les investisseurs responsables continuent d’évoluer et d’aligner leurs pratiques d’investissement sur les entreprises ouvrant la voie, en vue de contribuer de manière décisive à réduire les inégalités et à construire une société plus équitable et plus juste.

 

[1] https://www.hrw.org/report/2021/05/17/years-dont-wait-them/increased-inequalities-childrens-right-education-due-covid

[2] https://data.unicef.org/resources/one-year-of-covid-19-and-school-closures/

[3] https://www.oecd.org/education/the-impact-of-covid-19-on-education-insights-education-at-a-glance-2020.pdf

[4] https://en.unesco.org/news/secretary-general-warns-education-catastrophe-pointing-unesco-estimate-24-million-learners-0

[5] https://www.worldbank.org/en/topic/education/brief/learning-poverty

[6] https://inee.org/resources/20-years-inee-achievements-and-challenges-education-emergencies

[7] https://www.unicef.org/coronavirus/keeping-worlds-children-learning-through-covid-19

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07 Dec

Thematics week

2022, année de la circularité ?

David Czupryna

Head of ESG Development

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08 Dec

Thematics week

Le cancer, une cible prioritaire ?

Malgorzata Kluba

Senior Biotechnology Analyst

L’oncologie a connu des avancées remarquables au cours des dernières décennies. Le cancer est un ennemi coriace et complexe : on dénombre en réalité plus de 200 types de cancers différents, qui évoluent en permanence pour contourner l’arsenal thérapeutique déployé pour les combattre. Il existe aujourd’hui un large éventail de traitements anticancéreux, notamment la chimiothérapie, la radiothérapie, la thérapie ciblée, l’immunothérapie, la greffe de cellules souches, l’hormonothérapie ou encore la chirurgie. Mais c’est en oncologie de précision qu’interviennent certaines des avancées les plus passionnantes auxquelles nous assistons actuellement. 

À l’instar de la chimiothérapie, certains des traitements parmi les plus anciens dont nous disposons sont encore utilisés aujourd’hui, mais ils sont associés à d’importants effets secondaires : incapables de faire la différence entre les cellules saines et cancéreuses de l’organisme, ils détruisent les deux.

Une compréhension plus pointue de la biologie du cancer, fruit de nombreuses décennies de recherches minutieuses, a permis de développer des thérapies ciblées, des procédés associés à quelques-unes des avancées les plus passionnantes que connait actuellement l’oncologie, et auxquels se consacrent les entreprises actives dans le développement des nouveaux traitements contre le cancer. Ces thérapies ciblées utilisent les informations précises sur le cancer pour n’attaquer que les cellules malades et épargner les cellules saines, ce qui augmente le taux de succès des traitements et en réduit les effets secondaires.

Au fil des ans, plusieurs types de traitements ciblés ont été développés, dont la plupart visent à bloquer l’activité des protéines qui favorisent la progression du cancer. Sur les quelque 20 000 protéines que produit le corps humain, près de 600[1] sont importantes sur le plan fonctionnel pour différents types de cancers. Comme le cancer ne peut pas se développer sans ces protéines, les bloquer ou les éliminer constitue une bonne stratégie de lutte contre la maladie.

Anticorps thérapeutiques : inciter le système immunitaire à s’attaquer aux cellules cancéreuses

Les cellules cancéreuses peuvent être ciblées de manière sélective par des anticorps, en exploitant les différences subtiles entre les cellules malades et saines. Certains traitements anticancéreux utilisent des anticorps spécialement conçus pour se lier uniquement aux protéines présentes à la surface des cellules malades plutôt qu’à toute autre cellule de notre corps. Comme les anticorps classiques, une fois qu’ils trouvent leur cible (une protéine cancéreuse correspondante), ils la désactivent et signalent au système immunitaire qu’il doit attaquer « l’intrus ».

Les anticorps thérapeutiques représentent la classe de médicaments affichant la croissance la plus rapide sur le marché. 35 ans après l’approbation du premier traitement de ce type, ils font toujours l’objet de recherches intensives visant à améliorer leur utilisation et leur efficacité.

Les avancées les plus importantes réalisées dans ce domaine ces dernières années concernent les anticorps dits bispécifiques et les conjugués anticorps-médicaments. Les anticorps bispécifiques peuvent se lier non pas à un seul mais à deux types de cellules différents, par exemple une cellule cancéreuse et un lymphocyte T capable de la détruire.

Les conjugués anticorps-médicaments combinent, eux, la sélectivité d’un anticorps et la haute cytotoxicité du médicament qu’ils intègrent. Ainsi, le traitement parvient à cibler les cellules cancéreuses plutôt que les cellules saines, ce qui réduit les effets secondaires.

Il existe des centaines de types de cancers différents, et la surface des cellules propres à chacun d’entre eux présente de nombreux types de protéines, capables de muter très rapidement pour contrer les thérapies existantes. Néanmoins, avec plus de 200 traitements par anticorps bispécifiques en cours de développement, tous les espoirs restent permis. Parmi les récents exemples, mentionnons l’anticorps bispécifique de Genmab, actuellement dans les dernières phases d’essai clinique pour le traitement du lymphome, ou celui récemment approuvé de Johnson & Johnson, qui cible deux mutations distinctes à l’origine du cancer du poumon, ou encore le conjugué anticorps-médicaments mis au point par Daiichi Sankyo en collaboration avec AstraZeneca, et approuvé pour un type de cancer du sein.

Dégradation des protéines : détruire les cellules cancéreuses de l’intérieur

Notre organisme produit et élimine constamment un grand nombre de protéines. Les protéines qui constituent notre corps ne restent pas là indéfiniment : elles sont constamment recyclées une fois qu’elles ont atteint la fin de leur cycle de vie. Au cours de ce processus, elles sont d’abord marquées pour être éliminées par un marqueur appelé ubiquitine, puis dégradées au sein d’une sorte de bac à déchets appelé protéasome. C’est ce que l’on appelle la dégradation des protéines.

Les scientifiques ont mis au point un nouveau type de traitement basé sur la dégradation des protéines. Cette méthode utilise le processus ubiquitine-protéasome de notre organisme pour éliminer les protéines essentielles au bon fonctionnement des cellules cancéreuses. 

Plusieurs types d’agents de dégradation des protéines font actuellement l’objet d’études cliniques afin de déterminer s’ils peuvent être utilisés pour traiter les cancers du sein et de la prostate, ainsi que le lymphome. Des essais précoces sont également menés dans le but de développer des mécanismes de dégradation des protéines pour le mélanome ainsi que les cancers du poumon, colorectal et du pancréas. Récemment, cette nouvelle classe de médicaments a suscité un vif intérêt de la part de grandes entreprises pharmaceutiques, mais aussi d’acteurs de moindre envergure.

Plusieurs entreprises petites et relativement jeunes qui se concentrent exclusivement sur ce domaine, à l’instar d’Arvinas, Nurix et C4 Therapeutics, dominent le secteur. Ces sociétés tentent de développer des agents de dégradation pour combattre de nombreux types de cancers. Certains de ces cancers ont déjà été considérés comme incurables, tandis que d’autres sont actuellement traités à l’aide de diverses stratégies thérapeutiques, mais qui s’accompagnent de difficultés telles que la résistance aux médicaments, les mutations au sein des cellules cancéreuses ou bien la progression de la maladie. Les agents de dégradation des protéines pourraient permettre de résoudre toutes ces problématiques : l’objectif consiste à développer des traitements anticancéreux capables de dégrader les protéines que les autres médicaments ne parviennent normalement pas à atteindre.

Quelles perspectives ?

Compte tenu de l’avancée des connaissances scientifiques sur le fonctionnement des cellules cancéreuses, de nombreux nouveaux traitements pourraient très bientôt venir améliorer les normes de soins actuelles. Le nombre de lancements d’essais cliniques en oncologie a quasiment doublé au cours des 10 dernières années, atteignant un niveau historique de 1 600 études débutées en 2020. L’avancée des essais cliniques conduit chaque année à l’approbation de dizaines de nouveaux traitements uniques, tels que les inhibiteurs enzymatiques, les immunothérapies par anticorps et les thérapies cellulaires, un procédé consistant à prélever les cellules immunitaires du patient, les modifier en laboratoire et les réinjecter dans son organisme pour lutter contre les cellules cancéreuses. De nouvelles classes de traitements tels que les agents de dégradation des protéines apparaissent régulièrement, venant compléter l’éventail de thérapies déjà approuvées.

Notre équipe met à profit son expertise hautement spécialisée et ses capacités d’analyse approfondie pour suivre de près les très nombreux développements continus de traitements anticancéreux et cibler les entreprises qui devraient tirer profit des succès enregistrés dans ce domaine.

Candriam soutient le Centre National de Précision en oncologie (PRISM), un consortium composé de l’Institut Gustave Roussy, de l’École CentraleSupélec, de l’Université Paris-Saclay et de l’INSERM. Le projet se consacre notamment à l’analyse moléculaire visant à détecter avec précision le mécanisme moléculaire qui entraîne la progression du cancer chez chaque patient à risque de décéder de la maladie. En cas de succès, ce procédé, appelé modélisation du cancer, pourrait sauver à terme environ 200 000 vies par an. Regardez l’interview du Professeur Fabrice André, directeur de la recherche de Gustave Roussy, oncologue spécialiste du cancer du sein et professeur de médecine à l’Université Paris-Saclay.

 

[1] https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/34131295/

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09 Dec

Thematics week

La cybersécurité une lueur d'espoir post-COVID pour les entreprises ?

Johan Van Der Biest

Deputy Head, Thematic Equity

Felix Demaeght

Equity Research Analyst

Rares sont les entreprises bien établies qui ne considèrent pas la transformation numérique comme l’une de leurs priorités. Bien qu'il n'y ait pas encore de consensus universel sur ce qu’implique cette exactement transition, elle est largement considérée comme une mégatendance. Par ailleurs, les mesures de confinement liées à la COVID-19 ayant contraint les salariés à adopter le télétravail, la transformation numérique a accéléré le mouvement.

L'un des éléments clé de la transformation numérique à laquelle nous assistons est le passage d’une architecture informatique locale centralisée à une architecture basée sur le Cloud. Ce changement n’en est qu’à ses débuts, mais nous nous attendons à ce qu'il s'étende à la plupart des secteurs, zones géographiques et industries. Il ne s’agit pas seulement de changer la façon dont les entreprises connectent leurs salariés aux ressources informatiques internes, à Internet et à diverses applications. Cela concerne également la cybersécurité, qui est aujourd'hui plus importante que jamais.

Cybersécurité et ESG

La cybersécurité a un impact direct et important sur la sécurité environnementale, les relations avec les partenaires et la protection des données sensibles et du personnel[1]. Tous ces domaines ont de sérieuses implications sur les aspects sociaux et de gouvernance des activités des entreprises, ainsi que sur le profil de durabilité de celles-ci.

« Le degré d’engagement du conseil d’administration à l’égard de la sécurité informatique peut être un excellent révélateur de la validité de l’approche d’une entreprise en matière de cyber-risque »,  souligne les Principes pour l'investissement responsable (PRI), principal promoteur de l’investissement responsable à l’échelle mondiale. Outre les aspects de gouvernance de la cybersécurité, il existe également des aspects sociaux, notamment la sécurité autour de la collecte, de la conservation et de l’utilisation des données clients sensibles, confidentielles ou propriétaires.

Cela a conduit de nombreuses entreprises à inclure des informations sur les aspects ESG en matière de cybersécurité dans leurs rapports annuels de développement durable. Bien que cette évolution soit bienvenue, il convient de préciser que les entreprises ont tendance à sélectionner les données qu’elles publient[2] car il n'existe pas encore de norme de reporting dans ce domaine.

Qu'est ce qui a changé ?

Il y a quelques années seulement, les réseaux des entreprises devaient permettre l’accès et sécuriser les connexions principalement à partir des ordinateurs du bureau utilisés par le personnel. Dans les rares cas où les salariés avaient besoin d’un accès à distance, on utilisait une application de type VPN (réseau privé virtuel).

La principale fonctionnalité de sécurité de ces réseaux centralisés était un périmètre (firewall) conçu pour filtrer le trafic entrant et sortant.

Cependant, les confinements et restrictions liés à la pandémie de COVID-19 ont rendu le travail à distance indispensable, pour lequel l’ancienne infrastructure informatique centralisée n’était pas conçue. Ses limites ont été testées dès lors que de nombreux employés (parfois des milliers) ont voulu se connecter à distance depuis de multiples localisations, certaines personnes utilisant des ordinateurs portables et des tablettes non sécurisés. Les salariés ont abandonné les PC du bureau, et les vulnérabilités du système et les points d’entrée potentiels pour les pirates se sont étendus bien au-delà de l’ancien périmètre connu du « pare-feu ».

Le côté positif

L’infrastructure informatique basée sur le Cloud est une alternative évidente au modèle centralisé traditionnel depuis un certain temps déjà, mais la pandémie l’a mise en lumière. Nous anticipons une accélération de la migration générale vers le Cloud.

L’émergence de plusieurs fournisseurs de services Cloud, tels qu'AWS, Microsoft Azure et GCP, a contribué à créer une nouvelle vision élargie de l’infrastructure informatique. Jusqu’alors, le matériel et les logiciels tels que les serveurs et les bases de données devaient être acquis et gérés par les entreprises elles-mêmes. Aujourd'hui, l’infrastructure informatique peut être externalisée comme un service (Infrastructure-as-a-service[3]) ou « IaaS », ainsi que tous les applications et logiciels requis (Software-as-a-Service[4], SaaS). Ces nouvelles options de service ont suscité un vif intérêt de la part de nombreuses sociétés cotées, une entreprise moyenne utilisant aujourd’hui plus de 100 applications SaaS.

L’émergence du Cloud offre aux entreprises une flexibilité et une évolutivité qu’elles n’avaient pas auparavant.  Le Cloud procure également un autre type de sécurité. En effet, la sécurité basée sur un périmètre central permettait aux utilisateurs autorisés d’accéder à pratiquement tout sur ce réseau. Cela constituait clairement un risque important quand une demande de connexion provenait de l’extérieur à l’organisation et de son périmètre de sécurité. C'est pourquoi la cybersécurité est aujourd'hui beaucoup plus centrée sur le concept de « confiance zéro ». Chaque demande, émanant d’un utilisateur connu, d’accès à un service, tel que Salesforce, Office 365 ou Zoom, est validée séparément et la connexion avec ce service est à nouveau interrompue une fois que l’utilisateur a fermé l’application.  De cette façon, l’accès n'est autorisé qu’aux applications dont l’utilisateur a besoin et aucun mouvement latéral sur le réseau n’est permis. 

Les entreprises qui améliorent et développent leur approche de la cybersécurité y sont poussées par la reconnaissance de leur performance sur les critères ESG, ainsi que par le besoin de changement découlant du nouvel environnement de travail. Celles qui entreprennent leur « migration vers le Cloud », et renforcent leur cybersécurité, en bénéficieront à bien des égards sur le long terme. Nous sommes fermement convaincus que ces tendances positives, bienfaits de la crise COVID-19, sont appelées à perdurer dans un avenir prévisible. 

Au quotidien, notre équipe applique son expertise en technologies innovantes, de transformation numérique et cybersécurité et suit de près les régulières évolutions afin de d’identifier les entreprises susceptibles de bénéficier de l'accélération des tendances du marché dans ces domaines.

 

[1] https://www.darkreading.com/risk/new-report-links-cybersecurity-and-sustainability

[2] https://thestack.technology/cybersecurity-esg-reporting/

[3] https://en.wikipedia.org/wiki/Infrastructure_as_a_service

[4] https://en.wikipedia.org/wiki/Software_as_a_service

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10 Dec

Thematics week

Les sociétés innovantes : des entreprises durables à la pointe dans un contexte de faible rendement ?

Geoffroy Goenen

Head of Fundamental European Equity

Antoine Hamoir

Senior Portfolio manager

Le soutien des banques centrales pendant la pandémie de COVID-19 a été bénéfique pour les investisseurs. Tout au long de l’année 2021, la plupart des actifs ont affiché de belles performances, profitant d’une période de croissance économique robuste, soutenue par des politiques budgétaires et monétaires très accommodantes, notamment des mesures d’assouplissement quantitatif, sur l’ensemble des marchés clés. Toutefois, cette période touche à sa fin.

Les principaux indicateurs économiques montrent que la croissance du PIB mondial a atteint un pic et qu’elle ralentit aujourd’hui. Le rythme de cette décélération dépendra de la persistance d’une inflation élevée pendant un an ou plus, tandis que les taux d’intérêt à long terme se normaliseront à mesure que les banques centrales commenceront à réduire leurs programmes de relance monétaire.

Dans ce type d’environnement, nous pensons que la volatilité des actifs risqués augmentera considérablement au cours de l’année 2022. La croissance de leur chiffre d’affaires étant impactée, les entreprises cycliques subiront des pressions particulièrement fortes. En revanche, parmi les entreprises qui devraient s’en sortir mieux que la plupart, nous nous attendons à voir des innovateurs ayant la flexibilité nécessaire pour s’adapter rapidement à l’évolution rapide des tendances et de la demande des consommateurs. Ces entreprises sont généralement moins impactées par les périodes de ralentissement de la croissance économique. En outre, alors que la hausse de l’inflation met la plupart des entreprises sous pression, les entreprises innovantes ont généralement un plus grand pouvoir de fixation des prix. Cela s’explique principalement par la valeur perçue de leurs produits et services, qui aide les entreprises innovantes à répercuter le coût de l’inflation sur leurs clients.

Conjuguer durabilité et résilience

De nombreuses entreprises innovantes offrent également une dimension de durabilité, ce qui semble presque trop beau pour être vrai. En effet, nombre de ces entreprises peuvent s’avérer d’énormes déceptions malgré leurs idées novatrices passionnantes, car, en l’absence de base financière solide, les opportunités d’investissement finissent par imploser. C’est pourquoi les investissements fructueux dans ce domaine vont généralement de pair avec une discipline de sélection rigoureuse, axée sur les fondamentaux des entreprises et leurs données financières.

Outre un bilan solide, nous pensons qu’une bonne entreprise innovante doit également avoir une croissance commerciale supérieure à la moyenne, ainsi qu’une équipe de direction compétente et stable, déterminée à placer son entreprise à la pointe de son secteur. Un management qui ne se laisse pas distraire par la restructuration de l’entreprise, par son endettement ou ses problèmes de liquidités. En général, l’entreprise est résolument tournée vers les opportunités de croissance et, pour les saisir, elle met tout son potentiel créatif au service de la conception de solutions innovantes.

Le marché des entreprises innovantes se développe actuellement en raison de diverses réglementations relatives au changement climatique. Ainsi, les entreprises sont incitées à adopter le changement et à prendre des mesures en faveur de la protection de l’environnement, à ralentir le rythme du changement climatique et à en atténuer l’impact. Cela sera très appréciable lorsque le contexte de marché verra les secteurs de croissance se raréfier.

L’environnement de l’innovation en Europe

Contrairement à certaines idées reçues, l’Europe a créé un environnement très favorable aux innovateurs. Il ne s’agit pas seulement du niveau des dépenses de recherche et développement (R&D) des entreprises, mais aussi des centres de recherche, de la recherche universitaire, des réseaux scientifiques et d’ingénierie, et de la publication de la recherche. Les données montrent que les entreprises innovantes en Europe sont parvenues à mieux répondre aux défis de la durabilité que leurs homologues des autres marchés mondiaux. En outre, l’Europe se classe juste derrière les États-Unis en termes d’inventions « vertes » à haute valeur, c’est-à-dire les inventions liées à l’ESG qui sont brevetées dans au moins deux pays différents.

Chart: Green inventions

Remarque : tendance cumulée des inventions vertes (à gauche), des inventions vertes à haute valeur (au centre) et de la part, sur la période 2010-2016, des inventions à haute valeur, brevetées et internationales (à droite) pour les principales économies par rapport à leur nombre total d’inventions vertes. « À haute valeur » signifie que l’invention est brevetée dans au moins deux régions différentes du monde.

Domaines d’opportunités

Nous identifions de nombreux domaines d’innovation passionnants dans une multitude de secteurs, mais nous trouvons particulièrement positif pour les investisseurs que tant d’entre eux soient liés à l’ESG. Ce phénomène est principalement dû aux consommateurs et aux clients, qui ont leurs propres objectifs et attentes en matière d’ESG. Quels que soient leur secteur et leur domaine d’activité, les entreprises ont besoin de solutions innovantes pour atteindre ces objectifs. 

Une grande partie des solutions innovantes et durables ont trait au changement climatique, mais nombreuses sont aussi celles qui ne s’y rapportent pas. Bon nombre des innovations liées au changement climatique concernent des domaines bien connus, tels que l’amélioration de l’isolation des bâtiments, les technologies économes en énergie, notamment les véhicules électriques, le transport de l’hydrogène, ainsi que des solutions innovantes visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES).   

Cette catégorie comprend également des solutions moins évidentes, comme l’utilisation de solutions enzymatiques et microbiologiques dans de nombreux processus industriels pour les simplifier, obtenir une meilleure efficacité énergétique et remplacer des produits chimiques toxiques. Ou encore un additif pour l’alimentation des vaches, qui réduit d’environ 30 % la production de méthane par leur système digestif. Le méthane est plus de 80 fois plus puissant que le dioxyde de carbone dans le réchauffement de l’atmosphère.

En plus du changement climatique, il existe d’autres domaines d’innovation qui sont fortement axés sur la durabilité, comme les traitements médicaux, la vaccination, les biotechnologies, l’intelligence artificielle, l’informatique quantique et les nouveaux matériaux. Et il est bon de savoir que dans un contexte de croissance ralentie, investir dans des entreprises innovantes est également l’un des meilleurs moyens d’accéder à certaines sources de rendement parmi les meilleures.

Impact week

Impact week

Cette semaine, notre thème Outlook est « l’Impact » : les nombreuses significations et les nombreuses facettes de l’impact dans l’investissement. Comment définissez-vous l’impact ?

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13 Dec

Impact week

Émissions de gaz à effet de serre aux États-Unis, en Europe et en Chine : qui est dans les clous ?

Emile Gagna

Macroeconomist

La conférence des Nations-Unies de Glasgow, la COP26, s’est achevée pour beaucoup sur un sentiment de trop peu.. Trois économies génèrent plus de la moitié des émissions de gaz à effet de serre.

Toujours pas sur la bonne voie pour atteindre l’objectif de 1,5°C

L’objectif affiché était d’accélérer le rythme de réduction des émissions de CO2 pour parvenir à contenir le réchauffement dans une fourchette comprise entre 1,5 °C et 2 °C, tout en respectant le principe de subsidiarité selon lequel chaque pays s’organise comme il le souhaite et fixe lui-même sa contribution (CDN ou NDC en anglais pour Nationally Determined Contributions). Selon Climate Action Tracker, les engagements pris devraient permettre de limiter le réchauffement à 2,4 °C (contre 2,7 °C avant la COP). Pour atteindre l’objectif de 1,5 °C, les émissions nettes mondiales de CO2 doivent d’ici à 2030 diminuer de 45 % par rapport au niveau de 2010 puis tomber à zéro vers 2050. Or, la mise en œuvre des dernières CDN conduirait en 2030 à un niveau d’émissions mondiales de gaz à effets de serre encore supérieur à celui de 2010 ! Nous connaissons tous les acteurs majeurs. Les États-Unis et l’Europe réunis contribuent à un quart des émissions mondiales (15 % et 10 % respectivement), tandis que la Chine en représente un peu plus du quart (27 %). Ces trois économies à elles seules émettent aujourd’hui plus de la moitié de l’ensemble du CO2.[1]

L’effort supplémentaire requis par les pays développés

Partant de niveaux d’émissions fort différents, l’Europe et les Etats-Unis affichent des objectifs proches : atteindre la neutralité carbone d’ici 2050. Pour y parvenir, les Etats-Unis se sont donnés pour 2030 une cible intermédiaire de baisse des émissions de 50 à 52% par rapport à leur niveau de 2005 ; au même horizon, l’Europe a elle pour cible une réduction de ses émissions de 55 % par rapport à 1990. Ces objectifs sont ambitieux : maintenir la tendance récente de réduction de l’intensité carbone (émissions de CO2 par unité de PIB) ne suffira pas ! En 2050, sans baisse plus prononcée de cette intensité, les émissions des deux régions seraient nettement au-dessus de l’objectif de neutralité carbone (figure 1).

Chart: Figure 1: Developed Nations CO2 Emissions - EU and US

La voie à suivre pour la Chine

L’ambition de la Chine est d’être neutre en carbone d’ici à 2060. Son objectif pour 2030 est plus modeste : elle prévoit seulement de réduire son intensité carbone[2] de 65 % par rapport à 2005. Compte tenu de la poursuite du développement économique de la Chine, ses émissions continueront d’augmenter, avec un pic juste avant 2030. Les efforts nécessaires pour atteindre ces objectifs sont néanmoins considérables. Même par rapport au taux de réduction de l’intensité carbone observé aux États-Unis depuis 1996 (lorsque l’intensité américaine était comparable à celle de la Chine aujourd’hui) ou à celle de l’Union européenne, qui a commencé encore plus tôt, la réduction d’intensité annoncée par la Chine semble ambitieuse (figure 2).

Chart: Figure 2: China CO2 Emissions Trajectory

Et cet écart entre « cible » et « trajectoire » ?

Les graphiques d’émissions présentent une trajectoire cible linéaire entre la situation actuelle des pays et leurs objectifs zéro émissions nettes. Ils présentent également une tendance réelle linéaire, basée sur les réductions mesurées des émissions au cours des dix années précédant la Covid-19.

Et l’écart ? En supposant que nous atteignions effectivement nos objectifs, cet écart croissant donne une idée de l’ampleur du problème que les marchés financiers doivent contribuer à résoudre. C’est peut-être la raison pour laquelle le terme d’impact est si répandu dans le vocabulaire d’investissement d’aujourd’hui.

 

[1] Notons que, si les États-Unis et l’Europe contribuent aujourd’hui à environ un quart des nouvelles émissions, plus de la moitié des émissions cumulées déjà présentes dans l’atmosphère proviennent de ces deux régions. À l’inverse, si la Chine contribue à un quart des nouvelles émissions, moins de 13 % des gaz à effet de serre déjà présents dans l’atmosphère lui sont imputables.

[2] L’intensité carbone est exprimée en tonnes par millier de dollars de PIB. C’est une mesure des efforts réalisés par les pays pour décarboner leur économie. Dans les pays en développement, la réduction de l’intensité carbone peut toutefois, en raison de la croissance élevée de l’activité, être insuffisante pour réduire le montant des émissions - c’est notamment le cas pour la Chine où l’intensité carbone est en baisse depuis le début des années 1990, alors que sur la même période les émissions de carbone ont augmenté !

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14 Dec

Impact week

L’impact peut-il être la raison d’être de l’entreprise ? Mesurer l’impact « pur »

Maïa Ferrand

Co-Head of External Multimanagement

Dans le terme Impact Investing, « Impact » est un mot qu'il est important de définir, et un concept difficile à mesurer, à communiquer et à comparer. Dans le cadre de nos investissements  de private equity , nous entendons une société qui a été créée spécifiquement dans le but de générer un impact sociétal mesurable, avec un degré d’impact étroitement lié au niveau de rentabilité.

Études de cas sur la mesure et la gestion de l’impact

Les objectifs sociétaux des fonds d’impact d’actions de grandes sociétés cotées en bourse peuvent être aussi vastes que ceux d’un portefeuille d’entreprises cotées qui cherche à limiter les émissions de carbone du portefeuille, en utilisant par exemple un fournisseur de données comme Trucost pour mesurer et rendre compte de l’empreinte du portefeuille. C’est relativement nouveau.

À l'autre extrémité du spectre, on peut investir dans des entreprises d'impact qui ont été créées avec des objectifs sociétaux, environnementaux ou sociaux spécifiques. Les entreprises qui ont été créées avec pour objet d’atteindre des objectifs sociétaux spécifiques ont tendance, pour l’heure, à être petites et non cotées. Comment pouvons-nous mesurer les impacts très spécifiques, tels que la création d’emplois pour les personnes handicapées ou le développement de technologies visant à produire de l’énergie verte. La gestion d’un fonds de fonds d’impact nécessite de mesurer et de surveiller l'impact à plusieurs niveaux (société sous-jacente, fonds de private equity et portefeuille de fonds de fonds).

Il a fallu des décennies pour que le secteur de la comptabilité financière élabore des normes permettant de comparer les entreprises entre elles. Comment mesurer l'impact ? Comment consolider les mesures d’impact de plusieurs types d’activités au sein d’un portefeuille d’entreprises ?

Tout d’abord, nous utilisons les 17 Objectifs de développement durable (ODD) des Nations Unies, qui fournissent un cadre conceptuel accepté au niveau internationale et qui sont largement utilisés par les investisseurs en développement durable.

Chaque société publie des rapports trimestriels sur la mesure de l’impact et celle des bénéfices. Les sociétés en portefeuille et les gérants (General Partners) de private equity conviennent d’un à trois indicateurs clés de performance (KPI) correspondant à l’objet commercial de chaque société. En siégeant aux comités d'impact de chaque fonds dans lequel nous sommes investis, nous permet de jouer un rôle actif.. Les KPI sont mis en correspondance avec les ODD. Nous les regroupons ensuite sous les six catégories thématiques des ODD.[1] Cela nous permet de produire, au niveau des fonds, un reporting tant des résultats d’impact que des résultats financiers.

Pour illustrer notre propos, nous décrivons deux sociétés présentes dans deux fonds d’impact différents.  

Société 1 : Okeenea

Objet de l’entreprise : L’objet de la société Okeenea est d’améliorer l’accessibilité des quelque 12 millions de personnes handicapées en France. Plus d’un milliard de personnes dans le monde, soit 15 % de la population, vivent avec des handicaps. Les deux tiers ont des difficultés à accéder aux transports et aux espaces publics. La mobilité pour les personnes en situation de handicap est un problème majeur touchant la citoyenneté, l'éducation, la santé, le travail et la culture.

Produits et Services : Okeenea combine des technologies nouvelles et numériques pour créer des solutions pour les personnes à mobilité réduite, et pour rendre les villes et les services plus accessibles et plus sûrs pour tous. Ses produits comprennent notamment la signalétique accessible pour les piétons aveugles, les balises sonores et les plans tactiles. En France, 20 % de la population souffre d’un handicap.

Okeenea dispose actuellement de quatre gammes de produits : la signalétique sonore pour les déficients visuels, les travaux d’accessibilité et de mise aux normes dans le cadre du bâti, les solutions numériques connectées pour une mobilité inclusive et la distribution en ligne d’équipements d'accessibilité. 

Reporting d’impact : Okeenea est aujourd’hui le leader français de l'accessibilité. Plus de 200 000 feux sonores ont été installés en France. Les projets réalisés comprennent les aéroports parisiens, le musée du Louvre, le groupe hôtelier ACCOR, le réseau des transports parisiens (RATP) et le réseau SNCF. On peut également citer des projets dans les cinq plus grandes gares ferroviaires russes et dans le département des transports de la ville de New York.

Okeenea: Impact Measurement and Reporting

Société 2 :  SkillLab

Objet de l’entreprise : L’objet de SkillLab est d’aider les travailleurs des communautés marginalisées comme les réfugiés, les migrants et les travailleurs informels à entrer sur le marché du travail. Les formes traditionnelles de reconnaissance des compétences ne parviennent souvent pas à mettre en valeur les capacités de ces travailleurs. En conséquence, ces populations peuvent se trouver exclues des marchés du travail formels, bien qu’elles possèdent des compétences employables.

Produits et Services : SkillLab BV, entreprise installée à Amsterdam, offre l'égalité des chances à tous les demandeurs d'emploi grâce à l'éducation et à l'emploi dans le cadre de partenariats. Installée à Amsterdam, la société se concentre sur les compétences plutôt que sur les qualifications pour aider à faire découvrir des savoir-faire pratiques non apparents de jeunes vulnérables. Elle utilise une technologie unique de mise en correspondance des compétences pour réduire les inégalités fondées sur le sexe, la race et les origines des demandeurs d'emploi. Plus on construit et remplit de profils de compétences, plus les données collectées sont nombreuses et plus les correspondances sont précises et de qualité. Les clients actuels incluent l'Organisation internationale du travail (OIT), la ville d'Amsterdam et Springhouse. La société s’adresse aux demandeurs d’emploi marginalisés, tels que les travailleurs déplacés, les réfugiés et les travailleurs informels. SkillLab a remporté le Google AI Impact Challenge en 2019, ce qui lui a permis d’améliorer encore ses algorithmes et d’aider plus efficacement les réfugiés à trouver des emplois.

Reporting d’impact : L'objectif sur trois ans de SkillLab est d’aider 150 000 demandeurs d’emploi marginalisés. La pandémie de Covid-19 a réduit les opportunités d’emploi et a multiplié les problèmes de mobilité, ce qui devrait accroître la demande à moyen terme de solutions technologiques plus efficaces dans le domaine du recrutement. De ce fait, à court terme, la Covid-19 pourrait retarder la réalisation de l’objectif du plan, mais à moyen terme, elle pourrait améliorer les perspectives pour les services de SkillLab.

SkillLabs: Impact Measurement and Reporting

Prochaines étapes

Les investisseurs exigent de plus en plus que les entreprises dans lesquelles nous investissons rendent des comptes et assument leurs responsabilités. Les entreprises effectivement créées avec l’intention d’avoir un impact sociétal, environnemental ou social, sont la forme la plus pure. Le développement par cette nouvelle génération d’entreprises d’outils de mesure et de reporting de leur impact, peut permettre au monde financier de s’inspirer de leur expérience pour adopter un système formel de comptabilité de l’impact. Nous sommes convaincus que nous devons mettre notre expérience au service de cet objectif.

 

[1] Selon le cadre du Cambridge Investor Leadership Group, ces six thèmes sont : besoins fondamentaux, sécurité des ressources, écosystèmes sains, stabilité climatique, travail décent et bien-être.

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15 Dec

Impact week

Comment les investisseurs en dette privée peuvent-ils avoir un impact ?

Vincent Compiègne

Deputy Global Head ESG Investments & Research

L’investissement direct peut constituer l’engagement ultime entre l’investisseur et le bénéficiaire de l’investissement. Il ne passe cependant pas forcément par une participation en private equity. Les investisseurs en dette privée jouent, eux aussi, souvent un rôle stratégique dans les entreprises auxquelles ils prêtent, et occupent même des sièges au conseil d’administration. Bonne nouvelle - la catégorie des investissements d’impact cherche de plus en plus à produire des rendements comparables ou supérieurs à ceux du marché.

Investissement en dette privée : deux trajectoires d’impact

Les dettes privées sont souvent négociées directement entre la société d’investissement et la société emprunteuse. Les emprunteurs s’appuient souvent sur des conseils financiers et stratégiques prodigués par des gestionnaires d’investissement en dette privée.

Cette relation étroite offre deux trajectoires d’impact possibles. Premièrement, la relation de travail et le dialogue entre les investisseurs et l’entreprise peuvent conduire ces sociétés, qui sont souvent plus petites, à mieux comprendre comment adopter des pratiques commerciales ou proposer des offres de produits plus durables.

Une trajectoire encore plus rentable – à la fois en termes d’impact et d’avantages financiers – peut être réalisée avec des entreprises que nous considérons comme des « pure players » durables. En tant qu’investisseurs, nous pouvons directement guider ces entreprises vers des objectifs environnementaux ou sociaux spécifiques en reliant les taux d’intérêt aux indicateurs clés de performance. Un deuxième domaine où nous pouvons avoir un impact réside dans l’« évolution de la durabilité », avec des entreprises qui sont disposées à explorer des méthodes plus durables.

Chez Candriam, nous demandons des informations assez spécifiques. Notre questionnaire de due diligence est conçu pour recueillir les informations que nous utilisons dans nos modèles d’analyse ESG pour les activités des entreprises et les parties prenantes. Nous utilisons ces informations pour préparer nos discussions avec l’entreprise, concevoir et convenir des indicateurs clés de performance (KPI). Le taux d’intérêt étant lié aux KPI, il importe pour l’entreprise et l’investisseur de concevoir des indicateurs qui reflètent avec précision l’impact de l’entreprise.

Nous présentons ci-dessous une étude de cas de chacun des deux types. Nous nous en tenons à l’évolution de la durabilité, car ce concept est plus familier pour les investisseurs durables.

Étude de cas sur l’évolution de la durabilité – Pyrex

Entreprise – Pyrex est un fabricant et distributeur français de produits de cuisine en verre trempé. Il s’agit d’un processus à forte intensité énergétique, recourant principalement à des fours à gaz, avec quelques fours électriques.

Impact – Il est important d’encourager et de récompenser la durabilité des entreprises industrielles européennes. L’UE souhaite éviter d’« importer » du CO2 en achetant des produits fabriqués dans des régions à fortes émissions énergétiques. Alors que les nations resserrent les réglementations, il est tentant de produire à l’étranger. Le transfert de la production à fortes émissions vers des marchés moins réglementés ne fait pas que simplement déplacer le problème. Lorsque la production passe d’une région dont l’électricité est produite à partir de gaz naturel à une région où la production d’électricité repose sur le charbon, le problème s’aggrave pour tous. Ce CO2 « importé » a représenté un énorme problème pour l’UE au cours de la dernière décennie. Sur le plan social, l’industrie de la région maintient un équilibre entre l’emploi et la recherche. Un matériel de cuisine abordable à faibles émissions peut réduire l’utilisation des emballages en plastique et d’autres produits jetables.

Soutenir, informer et encourager ce type d’entreprise industrielle peut générer des bénéfices sociétaux, tant environnementaux que sociaux. Il y a beaucoup à faire à cet égard dans tous les secteurs industriels.    Pyrex peut contribuer à plusieurs objectifs de développement durable des Nations Unies. Bien que cela ressemble à un dialogue avec des émetteurs de titres cotés en Bourse, la plus grande proximité entre la direction et l’investisseur dans le cadre de ces prêts privés peut se traduire par une confiance renforcée, une communication plus étroite et une adoption plus rapide de nouvelles pratiques.

Rapport d’impact – Un possible KPI, ou indicateur clé de performance, serait le nombre de femmes employées à temps plein (ETP). Notre due diligence et notre analyse indiquent un manque de diversité comme l’un des points d’amélioration à apporter. Un autre KPI potentiellement utile porterait sur les émissions de carbone de Scope 2. Il s’agit des émissions indirectes liées à l’achat d’électricité, de vapeur, etc. Cela favoriserait à la fois une utilisation plus efficace de l’énergie, ainsi que la migration vers l’énergie verte, et découragerait l’achat d’électricité produite à partir de combustibles fossiles.

Pyrex: Impact Measurement and Reporting

Étude de cas d’un « pure player » durable – Eden Futures

Entreprise – Eden Futures fournit des services d’aide à la vie quotidienne structurés et une assistance aux adultes souffrant de difficultés d’apprentissage, d’autisme, de troubles de la santé mentale et présentant d’autres besoins. Active dans le centre et le nord de l’Angleterre, son business model consiste à améliorer la vie de ses clients en apportant un soutien et des compétences en faveur de l’indépendance et d’une meilleure qualité de vie.

Impact – Le produit et l’objectif d’impact sont identiques pour cette société. En tant que « pure player », il s’agit d’un cas où la dette pourrait être structurée de manière à relier les KPI au taux d’intérêt. L’emprunteur est récompensé par un taux inférieur si les KPI convenus sont atteints.

Comme c’est généralement le cas, les KPI doivent être soigneusement choisis et encadrés afin d’encourager les résultats escomptés. Par exemple, la baisse du taux de rotation du personnel indique un meilleur niveau de soin et d’assistance pour les clients, un indicateur mesurable de l’objectif d’impact. Une baisse du taux de rotation du personnel pourrait également se traduire par de meilleures marges, une meilleure couverture de la dette et une amélioration de la qualité de l’emprunteur pour l’investisseur en dette privée.

KPI potentiels – Certains indicateurs mesurables en cours de discussion comprennent la rotation du personnel et la certification des installations. Le capital humain de haute qualité est un élément important et le questionnaire demande des informations sur plusieurs aspects. L’utilisation d’un KPI basé sur le taux de rotation du personnel offre un indicateur numérique de qualité. Un autre KPI potentiel porte sur la certification réglementaire de la Commission anglaise de qualité des soins (English Care Quality Commission), tant en termes d’unités que de notation, ce qui inclut dans ce cas une solide part d’opinion et d’évaluation des clients.

Eden Futures: Impact Measurement and reporting

Est-ce une situation « gagnant-gagnant » ?

Nous sommes convaincus qu’une remise significative sur le taux de prêt, assorti d’objectifs d’impact exigeants et d’un soutien continu, peut constituer une mesure incitative efficace pour obtenir un impact significatif, c’est-à-dire des progrès sociaux et environnementaux mesurables.

Comme les prêteurs privés reçoivent des primes d’illiquidité, une remise maximals de 50 points de base appliqué à une marge de prêt ne constitue pas un gros sacrifice pour l’investisseur durable. Il s’agit d’une mesure incitative distincte pour encourager une entreprise à atteindre l’impact sociétal convenu.

En 2022, nous continuerons d’évaluer et de travailler en collaboration avec les emprunteurs à impact afin de les aider à améliorer leur impact financier. 

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16 Dec

Impact week

Les obligations durables peuvent-elles avoir un impact ?

Céline Deroux

Senior Fixed Income Strategist, Global Bonds

Les détenteurs de dette sont la principale source de financement des nouveaux projets et de la croissance d’une entreprise. Les actionnaires peuvent voter, mais les détenteurs de dette peuvent faciliter les nouveaux projets - ou les étouffer en exigeant des taux plus élevés pour les mauvaises utilisations des fonds.

À époque difficile, des besoins en capitaux plus exigeants

Une action collective est nécessaire pour relever les défis environnementaux et sociaux auxquels nous sommes confrontés. Les investissements à long terme doivent commencer dès maintenant, avec des capitaux nécessaires.

Prenons quelques exemples :

  • Pour ce qui est de l'environnement, l'UE vise une réduction des émissions d'au moins 55 % d'ici à 2030, pour atteindre la neutralité carbone d'ici à 2050. Les États-Unis ont également annoncé des objectifs de réduction des émissions pour 2030, un objectif de secteur électrique sans carbone d'ici 2035 et la neutralité carbone d'ici 2050.
  • Les défis sociaux retiennent de plus en plus l'attention de la communauté des investisseurs. Moins de la moitié de la population mondiale était couverte par des services de santé essentiels en 2017, avant le début de la crise sanitaire. L'éducation, elle aussi, a besoin d'investissements. Environ 258 millions d'enfants n'étaient pas scolarisés en 2018, soit près d'un cinquième de la population mondiale en âge d’aller à l’école.

Les marchés obligataires jouent un rôle clé

Les marchés internationaux des capitaux sont indispensables à la décarbonation de l'économie mondiale et à la réduction des inégalités sociales. Le marché obligataire est la plus grande classe d'actifs dans le paysage financier mondial, offrant une source continue de nouveaux capitaux.

La catégorie des obligations durables, qui vise à financer des projets environnementaux ou sociaux, ou à démontrer des objectifs de durabilité, connaît une croissance rapide. Suite aux fortes émissions et à l'intérêt des investisseurs en 2021, elle a atteint 1 900 milliards de dollars et pourrait dépasser 5 000 milliards de dollars d'ici 2025.

Une année record

Les émissions d'obligations durables - y compris les catégories verte, sociale, durable et liée à la durabilité - ont atteint 886 milliards de dollars jusqu'en novembre de cette année, soit une augmentation de 115 % par rapport à 2020. Les obligations vertes des entreprises, et surtout celles émises par les gouvernements, ont augmenté de 95 %. Les obligations sociales ont connu une augmentation de 57 %, l'UE et des organisations telles que la CADES et l'UNEDIC restant de solides émetteurs de cette catégorie.

Si les obligations vertes continuent de prédominer la catégorie des obligations durables avec une part de 60 % de l'encours, les obligations sociales et durables font des progrès impressionnants. Les émetteurs souverains émergents ont été à l'origine de l'augmentation de 142 % des obligations durables, notamment le Chili, le Pérou, le Bénin et la Malaisie, rejoints par les émissions des banques de développement.

Les obligations liées à la durabilité ont été lancées pour la première fois en 2020, avec 7 milliards de dollars émis. En 2021, 112 milliards de dollars de ces obligations ont été émis, avec des taux d'intérêt liés à des indicateurs clés de performance spécifiques (KPI). Un certain nombre d'émetteurs de titres à haut rendement se sont lancés sur le marché des titres liés au développement durable, tels que Rexel, Teva, Verallia et Faurecia.

En moyenne, les obligations vertes et durables ont été davantage sursouscrites que les obligations « classiques », ce qui témoigne du fort appétit des investisseurs. Cette « greenium », ou prime verte, est légèrement négative ; autrement dit, les obligations vertes offrent actuellement des rendements de 2 à 5 points de base inférieurs à ceux aux obligations « classiques ». Depuis septembre, le rythme s'est accéléré ; à l'approche de la fin de l'année, la moitié de des nouvelles émissions se situe actuellement dans les catégories des obligations durables.

Un peu de nomenclature

La classe d'actifs des obligations durables, elle-même assez récente, se composait uniquement d'obligations vertes jusqu'à très récemment. Aujourd'hui, la classe d'actifs des obligations durables englobe quatre catégories :

  • Obligations vertes (Green bonds) : financement de projets ayant un impact écologique spécifique
  • Obligations sociales (Social Bonds) : financement de projets ayant un impact social
  • Obligations durables (Sustainability Bonds) : projets ayant à la fois une composante verte et sociale
  • Obligations liées à la durabilité (Sustainability-Linked Bonds) : ces obligations ne financent pas de projets spécifiques, mais leurs coupons sont liés à des thèmes ESG et le taux d'intérêt versé dépend de la réalisation d'indicateurs clés de performance prédéfinis.

ICMA - International Capital Market Association
NACE - Classification statistique des activités économiques / industries dans l'UE

Sources des données : toutes les données relatives aux marchés et aux émissions proviennent de Bloomberg.

L'UE porte drapeau

Le plan de relance pour l’Europe « EU Next Generation post-Covid-19 Recovery Plan », qui soutient les activités vertes et numériques, prévoit de lever 30 % des fonds de son programme par l'émission d'obligations vertes. Avec un potentiel de 250 milliards d'euros à émettre entre 2021 et 2026, l'UE sera l'un des plus grands émetteurs verts au monde.

L'UE a émis 12 milliards d'euros pour le seul mois d'octobre 2021, avec un fort succès. Nous prévoyons 40 milliards d'euros supplémentaires d'émissions européennes en 2022. Le cadre des obligations vertes de nouvelle génération, dévoilé en septembre 2021, est conforme à la stratégie ESG globale de la Commission, aligné sur les principes des obligations vertes de l'ICMA ; il remplit toutes les conditions de la taxonomie de l'UE sauf une (la mention des codes industriels définis par la NACE). Les fonds sont destinés à la recherche et à l'innovation, ainsi qu'aux technologies numériques soutenant la transition verte, l'efficacité énergétique, les énergies propres, l'adaptation au changement climatique, la gestion de l'eau et des eaux usées, les transports propres, la protection de la nature, la réhabilitation et la biodiversité.

Plus de 1 000 milliards de nouveaux financements durables pour 2022 ?

Nous prévoyons plus de 1 000 milliards de dollars d'émissions de dette durable des quatre catégories en 2022, dont 500 milliards de dollars d'obligations vertes, les entreprises recherchant des solutions plus écologiques. Les nations ont tout intérêt à financer leurs transitions vertes. Le volume attendu pour les obligations liées à la durabilité pourrait être d'environ 250 milliards de dollars. Les émetteurs émergents, en particulier, continueront à explorer ce segment. Ces obligations continueront à susciter un vif intérêt, notamment de la part des émetteurs à haut rendement et des secteurs tels que les biens d'équipement ou les biens de consommation non cycliques. Nous prévoyons environ 200 milliards de dollars pour l'utilisation de telles obligations. Les obligations sociales vont poursuivre leur trajectoire, mais le marché a besoin de plus de clarifications sur la taxonomie sociale avant de « passer à l’offensive ».

Des investisseurs de plus en plus exigeants

Les investisseurs deviennent de plus en plus pointilleux, rigoureux et exigeants quand il est question de de réclamations et d’investissements environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG). Un avantage pour les investisseurs en obligations est que les instruments de dette peuvent être limités à des actifs ou des projets spécifiques. Alors que la demande des investisseurs en matière de clarté et d'impact ESG augmente, les émetteurs reconnaissent que les instruments finançant un impact définissable sont plus faciles à vendre et offrent davantage de transparence.

De plus en plus d’opportunités !

Les obligations durables sont déjà un marché profond, diversifié et qui offre de belles opportunités pour les investisseurs. Nous pensons qu'il continuera à se développer pour devenir une classe d'actifs importante. En investissant dans des instruments ayant des objectifs tels que l'aide à la décarbonation et le soutien aux autres objectifs de développement durable des Nations Unies, les investisseurs disposent d'options supplémentaires pour un investissement responsable dans les obligations, au-delà de l'intégration ESG.

La réglementation, l'offre et le comportement des investisseurs détermineront la tendance. Au fur et à mesure que la classe d'actifs croît en taille et en complexité, davantage d'options sont disponibles, et davantage de compétences et de sélectivité sont nécessaires.

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17 Dec

Impact week

Comment s’engager pour avoir un impact dans le cadre de l’investissement obligataire ?

Benjamin Chekroun

Stewardship Analyst

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Cette semaine, nous nous sommes tournés vers l’immobilier, les stratégies Equity Market Neutral, la dette émergente, l’arbitrage des risques et la Chine dans notre quête de rendement.

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20 Dec

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La Chine nouvelle est là. Vérité ou plaisanterie ?

Jan Boudewijns & Paulo Salazar

co-Heads of Emerging Market Equities

Le PDG de JPMorgan, Jamie Dimon, a dû présenter de longues excuses publiques pour sa « plaisanterie » lors d’un récent voyage à Hong Kong. « Le Parti communiste chinois célèbre cette année son 100e anniversaire. JPMorgan aussi », a-t-il déclaré, faisant référence au centenaire des opérations de la banque en Chine. « Et je ferai le pari que nous durerons plus longtemps », a-t-il conclu.

Jack Ma, fondateur d’Alibaba et l’une des personnes les plus riches d’Asie, aurait pu prévenir M. Dimon que les dirigeants communistes chinois n’aiment pas ne pas être pris au sérieux. Il y a un an seulement, l’une des plus importantes introductions en bourse jamais réalisées, Ant Finance d’Alibaba, avait été soudainement annulée à la dernière minute par les autorités chinoises. Il y avait bien sûr des raisons officielles à cette décision, mais elle est intervenue après un discours prononcé par Jack Ma critiquant le Parti pour être trop conservateur et freiner l’innovation.

Cette annulation de l’introduction en bourse a marqué le début d’un changement d’orientation politique très important et apparemment surprenant de la part de Pékin. Le gouvernement a utilisé la législation antitrust et antimonopole contre le secteur Internet de plus en plus important, qui a connu une forte expansion en raison de faibles barrières à l’entrée. Nous pensons qu’il a été conçu pour rappeler à la nouvelle classe de multimilliardaires et d’autres opposants potentiels qui était vraiment aux commandes en Chine, à savoir le Parti communiste et Xi. Jack Ma, qui a même ensuite disparu un certain temps, était probablement la cible principale. D’autres magnats de l’Internet ont rapidement réagi afin de témoigner des orientations de leur Parti.

Les mesures réglementaires prises par le gouvernement au niveau national visaient également l’enseignement privé et les jeux en ligne ainsi que le secteur immobilier, entre autres.

En conséquence, dans un contexte de croissance déjà ralentie, les actions chinoises ont connu l’une des pires années de performance jamais enregistrées. Les inquiétudes des investisseurs concernant les raisons des comportements de Pékin ont conduit à la disparition de plus de 1 000 milliards de dollars de valeur boursière des sociétés cotées en Chine[1]. On a également pu observer une grande divergence dans les rendements entre les secteurs et les actions, influencés de différentes manières par diverses initiatives gouvernementales.

La prospérité par décret…

Les raisons de tout ce « tsunami » politique peuvent être trouvées dans deux grandes préoccupations de Pékin : la bombe à retardement démographique et le positionnement de Xi Jinping avant le 20e congrès du PCC qui aura lieu l’année prochaine. Le gouvernement a pris des mesures pour atténuer toute menace potentielle à l’encontre de son programme de « prospérité commune » et pour démontrer que les dirigeants chinois contrôlent fermement la situation, afin de réaffirmer la primauté des valeurs sociales sur la croissance économique et maintenir la « stabilité sociale ».

Le recensement de 2021 a révélé une évolution démographique en nette détérioration, se traduisant par l’un des taux de croissance démographique les plus faibles depuis les années 1950. Une série de mesures a rapidement suivi : l’annonce d’une politique des « trois enfants » (malgré la politique des « deux enfants » actuellement infructueuse), assortie pour les couples d’incitations à se marier et à avoir des enfants.

Chart: China birth and death rates, 1949-2025

Le gouvernement a également déclaré qu’il souhaitait réduire les coûts associés à l’éducation d’une famille, ce qui explique les mesures visant à limiter le « soutien scolaire » coûteux, fourni par des sociétés privées, à réduire la pression constante sur les enfants pour qu’ils soient performants et à atténuer les coûts élevés du logement et des soins de santé.

… alors que l’économie ralentit.

Entre-temps, l’économie chinoise a ralenti, plombée par les problèmes désormais familiers liés à la crise (de la dette) du très important secteur immobilier, à la dette élevée des gouvernements locaux ainsi qu’à une politique de crédit restrictive. L’économie a également été touchée par les récentes inondations, une brève mais grave pénurie d’électricité et la politique de tolérance zéro envers la COVID (qui d’ailleurs a eu pour effet une absence totale de cas dans des mégapoles comme Shanghai, et qui se poursuivra au moins jusqu’après les Jeux olympiques d’hiver de Pékin). Si aucune mesure de soutien n’est prise rapidement, la croissance devrait tomber sous le seuil psychologiquement sensible de 5 %. Les rendez-vous économiques prévus en décembre seront suivis de près.

Chart: GDP Composition

Beaucoup de nouveaux facteurs négatifs, qui ne seront peut-être pas si faciles à atténuer pour Pékin, sont également apparus. Parmi eux figurent des appels croissants à l’action des dirigeants politiques occidentaux en rapport avec les menaces à la sécurité posées par la Chine, qui incluent ses intentions militaires (potentielles mais peu probables si elle ne s’y sent pas forcée) envers Taïwan, ses cyber capacités offensives et des accusations graves d’espionnage en Occident. Il y a aussi la question de la charge financière que représentent pour plusieurs pays en développement les investissements chinois dans la Nouvelle Route de la Soie.

De graves inquiétudes subsistent concernant les droits de l’homme, la suppression de la liberté d’expression politique (en particulier à Hong Kong) et la répression par Pékin des Ouïghours dans la province du Xinjiang. On a pu observer de nouvelles « disparitions » de personnalités de premier plan - l’artiste Ai Wei Wei ou la joueuse de tennis Peng Shuai, qui n’ont pas non plus contribué à améliorer l’image de la Chine à l’étranger.

Régner pour toujours ?

Le 20e congrès du Parti communiste chinois aura lieu en 2022 pour décider de la nouvelle structure du pouvoir. Alors qu’il était au pouvoir, Xi Jinping a réussi à étouffer l’essentiel de l’opposition et même à prolonger son mandat de chef suprême, mais il opte clairement pour un leadership indéfini, se plaçant au même niveau que ses prédécesseurs Mao Zedong et Deng Xiaoping.

En 2021, les investisseurs en Chine ont été confrontés à un degré inhabituel d’incertitude concernant les changements de politique de plus en plus imprévisibles et le contrôle centralisé croissant du parti à tous les niveaux de l’activité publique et privée. Et bien que l’environnement de marché ait généralement été décevant, la combinaison de ces vents contraires remettra en question la manière dont les investisseurs nationaux et étrangers abordent le marché chinois.

Les investisseurs ont le choix de décider d’investir ou non dans l’économie ou les marchés chinois, mais leurs décisions d’investissement leur donnent au moins la possibilité de maintenir la pression sur le gouvernement chinois dans le développement d’une économie et d’une société durables. Les investisseurs institutionnels et les entreprises internationales actives en Chine, comme JPMorgan, ne peuvent pas se retirer chaque fois qu’il se passe quelque chose qu’ils désapprouvent, alors qu’ils ont un grand rôle à jouer. Reste à savoir s’ils survivront au Parti communiste chinois pendant encore 100 ans. De toute façon, aucun de nous ne sera là pour en être témoin.

 

[1] https://www.wsj.com/articles/china-corporate-crackdown-tech-markets-investors-11628182971

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21 Dec

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Risk arbitrage - Quels sont les moteurs de performance en 2022 ?

Stéphane Dieudonné

Senior Fund Manager, Absolute Return

Prévoir le nombre d’opérations de fusion-acquisition est un bon moyen pour prévoir les bonus des banquiers, les bénéfices de Wall Street ou les nouvelles émissions de dette. En ce qui concerne le risk arbitrage, nous avons des sujets plus intéressants pour 2022.

Où en sommes-nous dans le cycle des fusions-acquisitions ?

Comme l’économie dans son ensemble, les fusions et acquisitions ont connu un formidable rebond depuis l‘été 2020. Cette nouvelle vague d’activité de fusions-acquisitions englobe la plupart des secteurs économiques, mais comme d’habitude, les transactions ont été plus nombreuses dans les secteurs de la santé et des technologies. Au niveau régional, l’Amérique du Nord continue de mener la reprise des fusions-acquisitions en termes de transactions se chiffrant à plus de 10 milliards de dollars. De nombreuses opérations ont également été annoncées en Europe et en Asie. Depuis le début du quatrième trimestre de cette année, l’activité de fusions-acquisitions semble se stabiliser à des niveaux de milieu de cycle. En effet, avec la nomination du nouveau président de la Federal Trade Commission (FTC) américaine en juin dernier, les acteurs du marché des fusions-acquisitions craignent une vigilance accrue de la part des autorités de la concurrence, notamment à l’égard des grandes opérations qui pourraient avoir un impact négatif sur le consommateur américain. Bien que l’activité aux États-Unis demeure bonne, il y a une quasi absence de transactions de plus de 10 milliards de dollars. En Europe, l’activité de fusions-acquisitions reste toutefois très satisfaisante.

Comment voyez-vous l’activité de fusions-acquisitions en 2022 ?

Les banquiers conseil confirment que de nombreux projets de fusion-acquisition restent pour l’instant en stand-by en raison des incertitudes entourant les changements potentiels dans la politique de la FTC en faveur des consommateurs. Nous pensons qu’une fois ces doutes levés, probablement en 2022, le nombre d’opérations de fusion-acquisition aux États-Unis devrait commencer à se normaliser.

En 2021, l’activité de fusions-acquisitions s’est avérée relativement solide face aux vagues successives de l’épidémie de Covid-19 et à ses nouveaux variants. En effet, les accords de fusion ont été adaptés pour tenir compte de ces nouveaux facteurs de risque. Dans l’ensemble, nous sommes plutôt optimistes quant à l’activité de fusions-acquisitions pour l’année à venir.

Quels seront les moteurs de rendement du risk arbitrage en 2022 ?

L’activité de fusions-acquisitions est un chiffre facile à planifier, mais peut-être pas l’unique source de rendement d’une stratégie de risk arbitrage. Nous n’avons pas de prévision particulière concernant le nombre d’opérations de fusion-acquisition en 2022, mais les moteurs de rendement moins retentissants peuvent également être utiles. Les investisseurs intéressés par le risk arbitrage ont tout intérêt à prendre en compte des niveaux de spreads, des taux d’échec des opérations et du nombre de surenchères.

Selon nous, tous les voyants seront au vert en 2022 pour les niveaux de spreads et les taux de réussite des opérations. En effet, les spreads de risk arbitrage sont désormais 2 à 3 fois plus élevés qu’avant la crise de la Covid pour un niveau de risque équivalent. Les taux d’échec demeurent à des niveaux historiquement bas - ou devrait-on dire, les niveaux de réussite sont élevés. Le nombre d’améliorations des offres, ou guerres d’enchères, a ralenti par rapport aux premiers mois mouvementés de 2021. Mais gardez un œil sur les niveaux de spreads et les taux de réussite. « Deux sur trois, ce n’est pas si mal. »

Prévoir le nombre d’opérations de fusions-acquisitions est un bon moyen pour prévoir les bonus des banquiers. Mais si vous voulez comprendre où se trouvent les opportunités de risk arbitrage, observez les spreads.

Chart: M&A: Activity in North America since 2020

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22 Dec

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Les stratégies Equity Market Neutral, moteur de croissance de la gestion passive ?

Sébastien de Gendre

Fund Manager, Absolute Return

L'investissement indiciel poursuit sa hausse « inarrêtable » et devrait dépasser la gestion active d'ici 2026 au plus tard, selon Bloomberg[1]. Cette tendance peut être utilisée par certaines stratégies Equity Market Neutral pour générer des rendements non corrélés aux obligations ou aux actions.

Les fonds indiciels sont de plus en plus prisés par les investisseurs qui souhaitent avoir une exposition à un marché donné. Ils sont particulièrement présents sur les places boursières les plus performantes : ils représentent, par exemple, plus de la moitié des encours des fonds investis aux États-Unis[2]. La plupart des fonds d’actions indiciels visent à reproduire un indice boursier particulier. 

Actions mondiales : passives vs. actives

Chart: Share of $28 trillion of global mutual fund and ETF AUMSource : EPFR, Goldman Sachs Investment Research Division, Cormac Conners, as of 10/29/21.

Les fonds indiciels sont devenus un acteur majeur sur les marchés financiers. En raison de la taille considérable des actifs gérés, leur activité de négociation (achat et/ou vente) peut avoir un effet mesurable sur le cours des actions.

« Un seul être vous manque et tout est dépeuplé »

L'objectif principal des fonds indiciels est de reproduire au plus près leurs indices sous-jacents. Pour y parvenir, ils ont tendance à revoir la répartition de leurs fonds à des moments particuliers pour coïncider avec les variations régulières de la composition de leurs indices sous-jacents.

Comme nous l'avons déjà mentionné, les transactions importantes des fonds affectent souvent les cours des actions, notamment lorsque la liquidité est limitée. Nous pensons que les stratégies Market Neutral sont en mesure de générer des rendements faiblement corrélés en apportant de la liquidité aux fonds indiciels.

Les fonds indiciels ont connu un franc succès, témoignant d'une croissance impressionnante des actifs. Pourtant, compte tenu de leurs objectifs très spécifiques, leurs modes de fonctionnement restent inchangés. Ils sont régis par des règles très strictes quant aux titres qu'ils peuvent acheter, à la quantité et à la date d’achat. En d’autres termes, ils ont le même calendrier et les mêmes contraintes de négociation, mais avec plus d'actifs à négocier. C'est pourquoi ils ont de plus en plus besoin des autres acteurs du marché pour les accompagner dans leur croissance.

L'importance de la liquidité

Pour tout indice boursier majeur, nombreux sont les fonds indiciels de très grande taille qui visent à le reproduire. En d’autres termes, chaque fois qu'une société sort de l’indice, ou qu'une nouvelle entreprise y accède, elle déclenche un certain nombre d'opérations simultanées importantes de la part de ces fonds indiciels, que soit en termes d’achat ou de vente.

En règle générale, les fonds indiciels doivent effectuer leurs transactions dans un laps de temps limité, généralement le jour même du mouvement dans l’indice. Par exemple, lorsque l'indice admet une nouvelle valeur, les instructions d'achat émises par les fonds indiciels qui le reproduisent créent une pression forte sur la demande. Cela entraîne alors souvent une hausse significative du cours de l'action si les acheteurs ne trouvent pas facilement les actions disponibles à acheter. De même, lorsqu'une action doit sortir d'un indice, les ordres de vente importants exécutés dans le même temps peuvent entraîner une baisse significative, bien que temporaire, du cours de l'action.

Comment les stratégies Equity Market Neutral peuvent en tirer parti ?

En fonction du marché et de la date d’évolution de l'indice, une stratégie Market Neutral peut apporter de la liquidité en prenant des positions spécifiques au jour du changement effectif de l'indice. L'objectif de l'exercice est de disposer de la capacité maximale pour faire face aux flux de transactions des fonds indiciels le « Jour J ».

À titre d'illustration, nous avons choisi le cas d’un ajout récent d’une valeur au S&P 500. L'ajout du titre étant effectif le 19 mars, la plupart des fonds passifs qui reproduisent le S&P 500 ont dû acheter ce titre le même jour. En face, les investisseurs fournissant des liquidités ont vendu le titre pour répondre à cette demande. Une stratégie Equity Market Neutral aura pu utiliser ces mouvements de deux manières. D'une part, en prenant une position longue et, d'autre part, en prenant une position courte à la même date. Cela aura ainsi permis à la stratégie de compenser la pression exercée par les fonds indiciels sur le titre.

Les stratégies Market Neutral neutraliseront toujours leur exposition au marché en conservant une couverture appropriée vis-à-vis de l’indice. Elles sont ainsi en mesure de bénéficier de leurs positions longues ou courtes spécifiques sans dépendre de l'orientation du marché.

Étude de cas

Annonce de l'ajout de NXP Semiconductors© au S&P© 500 le 12 mars 2021
Ajout effectif le 19 mars 2021

Exemple de mise en œuvre de la stratégie

15 mars Long NXPI© / court S&P 500©
19 mars Court NXPI© / long S&P 500©
24 mars clôture de la stratégieChart: Index Rebalancing Strategies

Le titre que nous avons utilisé à titre d’illustration dans cette étude de cas est un exemple typique des situations de marché que nous observons tout au long de l'année, impliquant différents types d'entreprises de chaque secteur. Par conséquent, au cours d'une année complète, nos stratégies auront généralement eu une exposition large et diversifiée sur la plupart des marchés développés et des différents secteurs.

Dans les années à venir, nous ne prévoyons pas de ralentissement de la croissance de l'investissement indiciel et nous sommes convaincus que les stratégies Equity Market Neutral conserveront leur pertinence pour les investisseurs.

 

[1] https://www.bloomberg.com/professional/blog/passive-likely-overtakes-active-by-2026-earlier-if-bear-market/

[2] https://www.bloomberg.com/news/articles/2021-11-24/active-v-passive-why-it-s-not-that-simple-anymore-quicktake

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23 Dec

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Marché du crédit émergent : où trouver les moteurs de performance ?

Christopher Mey

Senior Fund Manager, Emerging Market Corporates

Facteurs techniques, taux, géopolitique, Chine : du nouveau sur les marchés du crédit émergent ? Certainement. Les fondamentaux sont plutôt surprenants. Et l’importance croissante des facteurs environnementaux, sociaux et de gouvernance pour les émetteurs est une bouffée d’air frais.

Quel contexte pour les obligations d’entreprises des marchés émergents ?

L’environnement économique mondial pour 2022 sera difficile pour les investisseurs en obligations d’entreprises des marchés émergents. La hausse des prix à la consommation, les goulets d’étranglement de l’offre et les prix des matières premières ont ouvert la voie à une hausse des taux. Le calme relatif apporté par le déploiement des vaccins sur les marchés développés a récemment été ébranlé par le nouveau variant Omicron, qui vient nous rappeler que la pandémie n’est pas terminée. Les investisseurs doivent se préparer aux risques extrêmes potentiels liés au Covid-19, avec des effets qui pourraient durer pendant des années.

Un environnement de plus en plus vert

Dans l’ensemble, les facteurs techniques devraient rester favorables. Les émissions, qui avaient fortement progressé depuis plusieurs années, devraient se stabiliser entre 450 et 500 milliards de dollars US de nouvelles opérations en 2022, avec environ 100 milliards de dollars de nouveaux financements nets après le paiement des coupons et des rachats. La demande des investisseurs pour les obligations d’entreprises émergentes en tant que classe d’actifs autonome devrait s’accroître, tandis que le niveau absolu des émissions est suffisant pour offrir d’importantes opportunités de diversification.

Les obligations durables devraient représenter près d’un cinquième des nouvelles émissions, dont la moitié en obligations vertes, ce qui pourrait attirer un nouveau groupe d’investisseurs sur la classe d’actifs.

Des valorisations offrant encore des opportunités

Notre scénario central table sur une performance de 3 % à 6 % sur 12 mois (en dollars). La performance absolue réalisée dépendra fortement de l’évolution des rendements des bons du Trésor américain. Nous anticipons des taux de défaut des obligations d’entreprises des marchés émergents mondiaux de 3 à 4 % en 2022, pour une « fair value » (« juste valeur ») de l’indice CEMBI BD d’environ 250 points de base, soit un potentiel de resserrement des spreads d’environ 60 à 70 points de base, principalement sur le segment moins bien noté. Bien que les spreads actuels soient inférieurs aux moyennes historiques, ils semblent intégrer l’amélioration du crédit ces derniers trimestres.

Chart: CEMBI Broad Index Spreads

Bien que le spread absolu du marché des obligations d’entreprises des marchés émergents soit inférieur à la moyenne historique, nous reconnaissons que les fondamentaux intègrent les améliorations de crédit observées ces derniers trimestres.

Ce qui ne tue pas rend plus fort

Sur la plan fondamental, les entreprises des marchés émergents réussissent leur examen de santé haut la main. Si les effets de base ont contribué à des comparaisons d’une année sur l’autre, nous sommes impressionnés par la gestion proactive du bilan et de la liquidité. Dans de nombreux cas, les émetteurs privés des marchés émergents ont déjà renoué avec les niveaux d’EBITDA de 2019, avec des marges d’EBITDA en hausse. Le levier net s’est amélioré, passant d’une moyenne d’environ 2,3x à 1,7x en 2021, avec une couverture des intérêts en hausse. Les liquidités sont à des niveaux très confortables dans la plupart des secteurs.

Chart: Emerging Market Corporate Default Rates

L’amélioration des tendances du crédit est visible dans la baisse des taux de défaut. Les taux de défaut ont bondi lors du pic de l’épidémie de Covid en 2020, dépassant le niveau de 5 % pour la première fois depuis la chute des matières premières en 2015-2016 et pour la deuxième fois depuis la crise financière mondiale de 2007-2008. Depuis les pires moments de la crise des marchés financiers liée au Covid à la fin du premier trimestre 2020, nous avons observé une nette amélioration des défauts à mesure que la pandémie a évolué, que les économies ont rouvert et que la vaccination a été déployée. Même si nous anticipons une nouvelle hausse des taux de défaut début 2022, les événements devraient se concentrer sur le secteur immobilier chinois, où l’incertitude élevée et plusieurs défauts très médiatisés vont avoir des répercussions négatives. Certains promoteurs chinois moins bien notés ont des échéances importantes au premier trimestre 2022 et risquent de rencontrer des difficultés de financement.

Une reconnaissance croissante de la durabilité par les émetteurs

Pour les investisseurs axés sur les critères ESG, le paysage évolue considérablement. Alors que les spécificités de la réglementation européenne SFDR concernent principalement les sociétés de gestion d’actifs européennes, le sujet prend de l’ampleur chez les intermédiaires financiers et les émetteurs d’obligations d’entreprises émergentes. Fait encourageant, nous assistons à une plus grande transparence de la part des départements Relations Investisseurs, à un dialogue plus actif et à des discussions plus approfondies. Ces progrès se traduisent par une augmentation significative des obligations liées à la durabilité, alors qu’une nouvelle catégorie d’investisseurs est attirée par ces opportunités.

Un agenda chargé en élections

Le calendrier électoral est une source fréquente de volatilité sur les marchés émergents, et l’année 2022 s’annonce riche en événements. Deux élections présidentielles sont prévues en mai, en Colombie et aux Philippines. L’événement le plus important sera les élections brésiliennes d’octobre. Il est fort probable que le contexte politique dans ces grandes économies émergentes oriente les spreads des obligations d’entreprise à l’approche des élections, à l’heure où les investisseurs analysent les candidats et les impacts de leur programme.

Les incertitudes macroéconomiques demeurent

Le « tapering » de la Réserve fédérale, la trajectoire des rendements « core » et le rythme de leur ajustement auront un impact significatif sur les performances. Les matières premières se situent à des niveaux relativement élevés, et la dynamique montre peu de signes d’amélioration sensible du bilan des émetteurs axés sur les matières premières.

La géopolitique sera un autre moteur de performance important, car les ambitions territoriales chinoises se heurtent aux intérêts américains dans la région de l’Asie-Pacifique, tandis que les tensions entre la Russie et l’Ukraine s’accentuent.

Les spreads des obligations du secteur immobilier chinois ont désormais atteint des niveaux élevés. Le secteur dont la dette ne dépasse pas 1,6% de l’indice CEMBI Broad Diversified représente désormais 22 points de base, soit 7 %, du spread de l’indice.

Où sont les surprises ?

L’immobilier chinois, les tensions géopolitiques, les élections et la trajectoire des taux d’intérêt américains devraient à coup sûr retenir l’attention des analystes cette année.

Néanmoins, malgré la pandémie, des indicateurs de crédit et des facteurs techniques étonnamment solides laissent entrevoir des perspectives attrayantes pour les obligations d’entreprises des marchés émergents. L’émission attendue d’obligations liées à la durabilité, qui restent nouvelles même pour les marchés matures, est une bonne surprise qui devrait attirer une nouvelle catégorie d’investisseurs. De quoi se réjouir !

Cela dit, 2022 sera une année difficile pour les investisseurs qui souhaitent diversifier leurs portefeuilles sur le crédit émergent. La sélectivité et l’intégration ESG pourraient être les maîtres mots de la mise en œuvre de ces stratégies.

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24 Dec

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Immobilier privé - En quête désespérée de diversification ?

Simon Martin

Chief Investment Strategist and Head of Research & Investment Strategy at Tristan Capital Partners

Il apparaît nettement que l’immobilier privé est dans la ligne de mire des allocateurs depuis quelque temps. Sur la majeure partie des cinq dernières années, on constate que les investisseurs institutionnels souhaitent constituer des allocations aux marchés privés afin d’accroître leur performance. L’immobilier joue un rôle majeur dans cette évolution. La combinaison attrayante du rendement actuel, allié au potentiel de hausse des revenus et de création de valeur par le biais d’une gestion active, continue d’attirer les investisseurs en quête de rendement et préoccupés par les valorisations historiquement élevées des actions.

L’attractivité relative de l’immobilier pourrait bien s’accroître, car depuis quelques mois, la hausse de l’indice des prix à la consommation (IPC) relance l’attrait de ce secteur en tant que source potentielle de diversification pendant les périodes de hausse des anticipations d’inflation. En Europe, la corrélation entre l’inflation et la performance de l’immobilier s’explique historiquement par la nature des flux de trésorerie immobiliers. Les baux européens sont généralement liés aux indices, ce qui crée un effet de contagion direct de l’IPC sur les loyers. De même, la capacité à augmenter les loyers en exploitant les déséquilibres de la demande et de l’offre est également au cœur de l’attrait du secteur lorsque les prix augmentent.

Nous pensons qu’il est possible de tirer parti de cet effet en nous concentrant sur les secteurs où existent des tendances de demande cyclique et durable solides et où l’offre est susceptible de rester limitée en raison d’une faible vacance et d’une activité de développement limitée. Dans un certain nombre de secteurs, de tels déséquilibres entre l’offre et la demande devraient persister. Les opportunités les plus évolutives sont :

Actifs logistiques urbains du « dernier kilomètre »

La demande des utilisateurs du e-commerce pour les sites du « dernier kilomètre » continue de dépasser massivement l’offre d’actifs logistiques de bonne qualité situés à proximité du consommateur. Les loyers augmentent considérablement, et les pénuries sont si criantes que les excédents de demande engendrent une importante activité de réaffectation des usages comme les parcs d’activités commerciales.

Bureaux de premium orientés ESG dans les centres d’innovation

Le retour au bureau en Europe a été plus important que beaucoup ne le prévoyaient. Même si les effets du choc de la demande provoqué par la pandémie sont encore visibles à travers des taux de vacance élevés, ils se concentrent sur les parcs de moindre qualité, l’offre dans la catégorie de qualité supérieure restant limitée. En fait, nous pensons qu’en raison des contraintes de capacité et de la hausse des coûts dans le secteur de la construction, le choc de l’épidémie de Covid sur l’offre, et non la demande, sera la caractéristique de référence des marchés européens de bureaux dans les années à venir.

Dans les principaux centres d’innovation où la demande augmente rapidement et où l’offre est limitée, cela pourrait stimuler la croissance locative des actifs bien situés, correctement aménagés et bénéficiant d’une notation énergétique élevée. Nous en avons déjà la preuve dans notre portefeuille à Londres, Birmingham, Dublin et Barcelone. De plus en plus, il semble également probable que, compte tenu de l’insuffisance de l’offre et de la baisse de l’activité de construction, la demande excédentaire s’orientera de la catégorie de qualité supérieure vers une gamme plus large d’actifs ESG de bonne qualité et certifiés.

Stratégies immobilières résidentielles centrées sur des niches démographiques clés

À travers un ensemble de sous-secteurs différents, nous observons un déséquilibre persistant entre la demande et l’offre dans le secteur de l’immobilier résidentiel : l’habitation collective reste sous-approvisionnée en Europe et les loyers continuent de progresser au-dessus de l’inflation ; le secteur des résidences pour seniors est mal pourvu et les dynamiques démographiques et patrimoniales sont extrêmement convaincantes ; le secteur du logement étudiant reste très fragmenté et devrait connaître une croissance significative.

Nous pensons qu’en équilibrant soigneusement ces stratégies, un investisseur cherchant à maximiser ses rendements ajustés au risque en période de hausse du risque d’inflation sera bien placé. Renforcer l’allocation à ces thèmes favorables dans un contexte de forte contrainte d’offre alors que le coût de la dette à taux fixe reste faible, semble être un moyen attrayant et simple de maximiser la diversification et de réduire la corrélation avec d’autres classes d’actifs. Cette diversification pourrait s’avérer de plus en plus précieuse au cours des cinq prochaines années.

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En fait, Kermit, il peut être si facile de devenir vert !

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27 Dec

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Le changement climatique, source d’opportunités sur les marchés émergents ?

Galina Besedina

Portfolio Manager, EM Equities

Paulo Salazar

Co-Head of EM Equities

Les pays émergents sont confrontés à un dilemme. D’un côté, ils comprennent parfaitement la nécessité de protéger le climat pour les générations futures. De l’autre, la priorité actuelle est d’améliorer leur société et leur niveau de vie, ce qui nécessite plus d’énergie et d’électricité à un coût abordable.

Les pays émergents sont pleins de bonne volonté

Les pays émergents se sont joints aux initiatives sur le changement climatique, en particulier les accords sur les émissions nettes de gaz à effet de serre (GES), notamment en signant l’Accord de Paris. En 2015, l’Accord de Paris appelait les pays développés à prendre l’initiative en fournissant une aide financière aux pays émergents, reconnaissant ainsi les défis plus importants que ces derniers doivent relever pour atteindre le « net zéro carbone ». Aujourd’hui, la plupart des pays émergents conçoivent et mettent en œuvre des stratégies de développement à faibles émissions (LEDS).

Dans le même temps, ces pays sont considérés parmi les premiers responsables dans la lutte contre le changement climatique. La COP26, dernière conférence annuelle des Nations Unies sur le changement climatique en date, a démontré que les marchés émergents sont engagés en faveur de la décarbonation, mais a également souligné les plus grands défis auxquels ils sont confrontés.

Rappel des défis

Il est indéniable que la décarbonation dans les pays émergents sera un défi.

  • Les besoins d’investissement sont énormes. La transition énergétique est un exercice coûteux, estimé par l’Agence internationale de l’énergie (AIE) à 150 000 milliards de dollars sur 30 ans. Les marchés émergents représentent environ 20 % de ce montant.
     
  • Le financement n’est pas garanti. Ces pays sont déjà très endettés et si les marchés financiers privilégient actuellement les investissements moins carbonés, nos études suggèrent qu’environ seuls 37 % des investisseurs des marchés émergents prévoient de réduire leur exposition aux combustibles fossiles. De plus, les taxes sur le carbone sont difficiles à imposer.
     
  • L’accès à certaines technologies est limité, bien que disponible dans des marchés développés tels que l’Europe et les États-Unis.
     
  • Les matières premières essentielles pourraient devenir rares, notamment le lithium ou le nickel.
     
  • La disponibilité de personnel spécialisé peut être problématique
     
  • La pression des marchés développés incitant les pays émergents à se fixer des objectifs plus ambitieux s’accroît. Par exemple, les pays émergents sont fortement incités à abandonner progressivement les centrales électriques au charbon à faible coût.

L’amélioration du niveau de vie requiert plus d’énergie

La croissance démographique et la nécessité d’améliorer le niveau de vie sont des priorités que les pays émergents n’osent pas sacrifier. Ces priorités nécessitent un approvisionnement plus important en électricité. Actuellement, près de 800 millions de personnes n’ont aucun accès à l’électricité. Surtout, il existe une corrélation manifeste entre le PIB par habitant et l’énergie. Or, la croissance économique ne cause pas la consommation d’énergie - c’est l’inverse qui est vrai.

Chart: Energy Consumption vs GDP, Per Capita, 2018

Selon les estimations du rapport BloombergNEF New Energy Outlook 2020, d’ici 2050 les économies émergentes représenteront 68 % de la demande mondiale d’électricité. En d’autres termes, les marchés développés sont confrontés au dilemme de sacrifier leur croissance au profit de la décarbonation sans moyens adéquats ni ressources suffisantes.

Opportunités

Certains pays émergents font néanmoins de réels progrès en matière de décarbonation. Les économies émergentes représentaient 58 % des 249 milliards de dollars de financement d’actifs investis dans les énergies propres au niveau mondial en 2019[1]. La Chine et l’Inde restent les principaux marchés pour l’investissement dans les énergies propres, la Chine étant de loin le plus important. D’autres pays asiatiques sont à la pointe dans les composants pour véhicules électriques, la Corée du Sud produisant près d’un tiers du total des batteries destinées aux véhicules électriques.

Qui plus est, les pays émergents possèdent d’importantes ressources naturelles indispensables à la transition énergétique « verte », telles que le nickel et le cuivre. Ils raffinent également les matières premières nécessaires, telles que le lithium et le cobalt. Le raffinage de ces deux matériaux est actuellement dominé par la Chine.

La transition vers le « net zéro » crée des opportunités d’emploi. Selon l’analyse de la Société financière internationale (International Finance Corporation, ou IFC) réalisée sur 21 grandes économies émergentes représentant 62 % de la population mondiale et 48 % des émissions mondiales, les investissements « verts » dans certains secteurs entre 2020 et 2030 pourraient générer au total 213,4 millions de nouveaux emplois directs. Dans des régions telles que l’Asie orientale et le Pacifique (Chine, Indonésie, Philippines et Vietnam) et l’Asie du Sud (Bangladesh et Inde), le potentiel cumulé de nouveaux emplois atteint 98,8 millions et 52,3 millions, respectivement. Les infrastructures urbaines intelligentes conçues pour lutter contre le changement climatique créent des emplois et permettent d’améliorer les infrastructures sous-développées des pays émergents. Naturellement, les pays émergents et les pays développés sont confrontés au même défi consistant à créer une « transition juste » dans laquelle la société toute entière d’une nation en profite et de nouvelles poches de chômage sont évitées.

Conclusion

La décarbonation dans les pays émergents peut créer des opportunités d’investissement dans des secteurs tels que l’énergie solaire et éolienne, la production et le raffinage de matières premières liées à l’énergie verte, et la chaîne d’approvisionnement des véhicules électriques.

Les énergies renouvelables prennent de l’importance dans les pays émergents, mais le charbon reste la source d’énergie la moins onéreuse. Le défi pour les investisseurs, qui allouent les capitaux, et pour le monde dans son ensemble, est d’aider ces pays à accroître leur consommation d’énergie d’une manière à la fois rentable et sobre en émissions. Les pays émergents sont confrontés au double impératif de réduire leurs émissions et de combler simultanément leur écart avec les pays développés en termes de niveau de vie.

 

[1] Climatescope Emerging Markets Outlook 2020, Bloomberg Finance L.P. 2020

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28 Dec

climate week

Analyse des émetteurs souverains : comment continuer à survivre tous ensemble ?

Kroum Sourov

Lead ESG Analyst – Sovereign Research

L’être humain n’est pas le prédateur suprême, même s’il se comporte comme tel. La nature, elle, peut riposter et montrer à quel point il est faible. Le modèle de durabilité des émetteurs souverains de Candriam, conçu pour l’analyse des investissements, offre une vue d’ensemble des activités humaines. Et finalement, peut-être que nos investissements, et notre avenir, se résument à quelque chose de très simple : arrêtons de combattre Dame Nature.

Cadeaux de Noël pour le prédateur suprême

C’est le moment de faire des cadeaux et peut-être de lancer une campagne caritative. Récemment, 650 000 dollars ont été dépensés pour acheter un méga-yacht qui ne peut être utilisé que dans un jeu vidéo[1] - Le Metavers, ou réalité virtuelle, attire de plus en plus de capitaux. Nombreux sont ceux qui misent sur les crypto-monnaies sans aucun soutien dans le monde réel, car la matrice (Matrix) imaginaire semble être conçue pour être plus attrayante que la sombre réalité qui nous entoure. (J’espère que vous apprécierez le dernier opus, sorti juste à temps pour Noël 2021 !)

Et le caritatif ? Pour le même montant[2], on estime que nous pourrions restaurer et planter des forêts d’une superficie plusieurs fois supérieure à celle de Central Park à New-York - dans le monde réel.

Alors que la possibilité de se distinguer dans un jeu vidéo virtuel devient astronomiquement chère, on ne peut s’empêcher de s’interroger sur notre place sur la planète. Sommes-nous si puissants que le plaisir (virtuel) d’un seul individu est plus important que le bien-être (physique) de nombreuses personnes ?

Chart: Candriam Deforestation Index versus GDP

Comment avons-nous survécu ?

En fait, les êtres humains n’ont jamais été au sommet de la chaîne alimentaire. En effet, des études montrent que nous sommes au même niveau que les anchois[3], bien que cela ne soit guère préoccupant dans une société moderne. À l’époque où être dévoré par le prédateur suprême local était une réelle possibilité pour nous, les hominidés avaient une capacité très puissante qui nous distinguait des autres animaux. Il s’agissait de notre capacité à communiquer des concepts complexes et donc à coordonner un grand nombre d’adultes vers la réalisation d’un objectif commun - surmonter des situations dangereuses, et in fine survivre. L’union a fait la force.

Au lendemain de la COP26, alors que les manifestations anti-vaccin sont devenues violentes et que le port de masques fait l’objet d’une résistance armée dans certains pays, une question demeure : avons-nous encore ce qu’il faut pour survivre ? En fin de compte, nous nous heurtons aux limites naturelles de l’environnement. Les ouragans, les chaleurs extrêmes, les incendies de forêt et le virus actuel ne sont que des conséquences différentes des dommages que nous avons causés à notre environnement. La planète Terre peut être la bulle qui nous protège du soleil, mais elle peut aussi, de manière très soudaine et irréversible devenir le prédateur suprême si nous atteignons le seuil de basculement. Il n’y a pas de (vrais) pâturages plus verdoyants, c’est « tout ce que nous avons ».

Pouvons-nous continuer à survivre ?

Comme nos ancêtres de l’ère préindustrielle, nous n’avons que la capacité de communiquer et de coordonner les actions - et la force de notre union. C’est devenu à la fois plus facile que jamais, mais aussi peut-être plus difficile que jamais. Nous célébrons les réalisations individuelles - les milliardaires organisent leur propre course à l’espace sans que la fiscalité ne les atteigne. Des millions de personnes sont privées de leur droit de vote et des intérêts privés sèment le doute sur le caractère équitable des élections. Beaucoup sont à la recherche d’un sauveur qui offrirait des solutions simples à des problèmes complexes. Des marges de vote très étroites donnent le pouvoir à des leaders populistes qui sont prêts à adopter l’autocratie.

Notre conviction

Notre avenir est entre nos mains. Les pandémies mondiales et la crise climatique pourraient être résolues si nous travaillons ensemble, plutôt que de protéger nos intérêts personnels. Cela s’applique à tous les niveaux, qu’il s’agisse de faire un don à votre association caritative locale pendant les fêtes de fin d’année, de vous faire vacciner pour vous protéger et protéger toutes les personnes avec lesquelles vous êtes en contact, de voter pour des partis politiques guidés par le consensus et la collaboration scientifiques, ou de renforcer les organisations internationales et la coopération au niveau mondial.

Les investisseurs et d’autres acteurs font des efforts, mais nous devons tous en faire davantage. Les investisseurs sont de plus en plus conscients que nous devons travailler ensemble et en masse, comme l’Investor Policy Dialogue on Deforestation (IPDD), et la Net Zero Asset Managers Initiative. Chez Candriam, nous tirons parti de notre capacité à analyser les différents aspects de ce genre d’initiatives, non seulement pour obtenir une vision plus claire des investissements, mais aussi pour orienter les efforts philanthropiques du Candriam Institute. Nous y participons et co-parrainons des projets de régénération et de boisement au Brésil, en Zambie et au Sénégal avec WeForest.

Pour trouver des solutions qui conviennent à tous, il faut faire des compromis, et tout compromis exige humilité et compassion. Quel meilleur cadeau pour cette période de fêtes ?

Le score de déforestation de Candriam utilise une variété de sources, y compris l’imagerie satellitaire, pour évaluer la perte de surfaces forestières, la perte totale de biomasse et le changement d’affectation des terres. Notre modèle estime également l’impact des émissions résultant du changement d’affectation des terres.

 

[1] Tech Times. Virtual Metaverse Yacht Sold for $650K in The Sandbox. Disponible à l’adresse https://www.techtimes.com/articles/268685/20211129/virtual-metaverse-yacht-sold-for-650k-in-the-sandbox.htm, consulté le 6 décembre 2021

[2] Selon notre partenaire de boisement, We Forest

[3] Sylvain Bonhommeau, Laurent Dubroca, Olivier Le Pape, Julien Barde, David M. Kaplan, Emmanuel Chassot, Anne-Elise Nieblas. Eating up the world's food web. Proceedings of the National Academy of Sciences Dec 2013, 110 (51) 20617-20620; DOI: 10.1073/pnas.1305827110.
Disponible à l’adresse https://www.pnas.org/content/110/51/20617, consulté le 2 décembre 2021

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29 Dec

climate week

Le climat dans les obligations d’entreprise : que va-t-il se passer maintenant ?

Nicolas Forest

Global Head of Fixed Income

Philippe Noyard

Global Head of Credit

Les porteurs d’obligations sont les fournisseurs de nouveaux capitaux pour l’investissement et la croissance. Les actionnaires peuvent voter, mais l’offre de bénéfices non distribués ou de nouvelles émissions d’actions est limitée par rapport au financement de la dette. Les investisseurs doivent se comporter de manière responsable dans leur allocation du capital. Chez Candriam, nous avons la conviction que l’inclusion du climat dans la décision améliore les rendements ajustés aux risques.

L’objectif : des rendements ajustés aux risques

Il est toujours utile de rappeler que les rendements obligataires sont asymétriques. Dans ce contexte, les risques prennent une coloration différente.

Il semble, il y a très longtemps déjà – et pourtant c’était si récent – que l’analyse environnementale, sociale et de gouvernance (ESG) était une sorte de « vérification » supplémentaire, afin d’identifier et de clarifier les risques de baisse. La gouvernance est depuis longtemps un élément central de l’analyse crédit. Plus la structure de l’entreprise est complexe, plus les facteurs de gouvernance sont critiques pour le profil de risque. Chez Candriam, nous sommes passés du « G » au cœur de notre analyse, au « E » et au « S » comme facteurs faisant partie intégrante de notre analyse. Nous pensons également que l’intégration des facteurs ESG dans les processus obligataires dans l’ensemble du secteur de l’investissement contribuera à des allocations plus efficaces du capital !

Intégration des critères ESG dans l’analyse des obligations d’entreprise - Un processus et non un résultat

Lors de l’analyse des obligations d’entreprise, nous intégrons les facteurs ESG dans notre analyse fondamentale des profils d’activité des émetteurs, ainsi que d’autres éléments de base tels que le niveau d’intensité du capital, la cyclicité, la concentration sectorielle et les parts de marché. Nous ne nous limitons pas aux données historiques, nous appliquons une approche prospective pour évaluer la manière dont les risques environnementaux, climatiques et sociaux sont susceptibles de modifier les perspectives de crédit à l’avenir.

Ensuite : la transition énergétique

La « transition » vers une économie mondiale à faibles émissions de carbone, à utilisation plus efficace des ressources et plus durable est annonciatrice d’un processus en douceur. « Transition » est un terme à la consonance plaisante pour « changement », mais le changement peut être difficile à prévoir, difficile à atteindre et coûteux à mettre en œuvre. Il est de plus en plus important de comprendre l’exposition de chaque entreprise aux risques de transition auxquels elle est exposée, en fonction de ses activités et de sa répartition géographique, et de la manière dont elle gère ces risques.

L’évaluation de la mesure dans laquelle les entreprises gèrent bien ou insuffisamment les risques de transition améliore la capacité à déterminer non seulement les émetteurs les plus « vertueux », mais aussi à aider à déterminer lesquels sont susceptibles d’être les plus solvables sur le long terme. Elle permet également de cibler les efforts d’engagement envers les émetteurs qui n’ont pas encore fait suffisamment de progrès, mais qui sont susceptibles de s’améliorer. Chez Candriam, nous excluons les sociétés de notre univers d’investissement si nous déterminons que leur gestion du risque de transition est « très insuffisante », afin d’éviter les émetteurs confrontés aux risques climatiques les plus élevés. Les sociétés dont la gestion est jugée « insuffisante » peuvent devenir des cibles prioritaires en matière d’engagement. (Écoutez notre vidéo du 17 décembre sur l’engagement obligataire.)

Tous les acteurs sont indissociables. Nous savons tous que les tendances actuelles en matière d’émissions nationales sont en retard par rapport aux objectifs (et nous pouvons visualiser dans quelle mesure - voir notre article Perspectives du 13 décembre). Cela pourrait devenir une question de crédit importante. Par exemple, le « mécanisme d’ajustement carbone aux frontières » du Green Deal de l’UE signifie que les entreprises basées dans des pays à fortes émissions pourraient perdre leurs exportations vers l’UE.

Ne vous tracassez pas, agissez ! Intégration de la politique climatique dans la construction de portefeuille

Les risques systémiques d’investissement sont énormes. Swiss Re prévient[1] que même si les objectifs de l’Accord de Paris sont atteints, le changement climatique pourrait faire disparaître plus de 11 % du PIB mondial en 2050. Dans un scénario de 3,2 °C, le changement climatique pourrait coûter 18 % de la production mondiale.

La prochaine étape pourrait consister à intégrer la politique climatique dans la construction de portefeuille. Pour certains gérants, le processus de construction d’un portefeuille comprend le calcul de l’effet d’un achat ou d’une vente de titres sur la volatilité globale, ou d’autres mesures, d’un portefeuille. Pourquoi ne pas faire de même avec les risques climatiques ?

Ainsi, de nombreux gérants font état de l’empreinte carbone de leurs portefeuilles. Pourquoi ne pas prendre des mesures supplémentaires ? Pourquoi pas des scénarios de température d’un portefeuille ? L’objectif pourrait être d’indiquer si le portefeuille est conforme à l’Accord de Paris et/ou s’il est en avance ou en retard. Aujourd’hui, Candriam intègre les facteurs ESG dans son analyse crédit. L’atténuation du changement climatique et l’adaptation à ses effets sont pleinement intégrées dans nos analyses ESG.

Même si les investisseurs responsables peuvent ressentir un impératif moral, nous sommes convaincus que l’inclusion du changement climatique dans l’analyse crédit est devenue une donnée nécessaire à la génération de rendements ajustés aux risques pour tous les investisseurs.

 

[1] Forum économique mondial. https://www.weforum.org/agenda/2021/06/impact-climate-change-global-gdp/#:~:text=The%20largest%20impact%20of%20climate,the%20Swiss%20Re%20Institute%20warns, accessible le 8 décembre 2021.

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30 Dec

climate week

L’appel de la dernière chance pour le « Net zero » ?

Alix Chosson

Senior ESG Analyst, Climate & Environment Specialist

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31 Dec

climate week

Greenflation : quel est le juste prix ?

Wim Van Hyfte, PhD

Global Head of ESG Investments and Research

La hausse de l’inflation a une nouvelle fois soulevé la question des coûts et des avantages liés à la lutte contre le changement climatique. Les consommateurs, les entreprises, les investisseurs et les gouvernements évaluent actuellement les avantages et les inconvénients de payer plus aujourd’hui pour un avenir plus durable. Alors que les débats font rage, on ne peut éluder le fait qu’en voulant éviter les coûts de l’action, ceux de l’inaction s’avéreraient bien plus élevés, tant sur le plan humain que financier.

Le dernier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), qui a fourni au fil des ans des preuves concluantes que le changement climatique est la cause d’événements plus extrêmes, a souligné l’urgence de réduire drastiquement nos émissions de gaz à effet de serre[1]. Pour ce faire, il faudrait opérer une transition des combustibles fossiles vers des sources d’énergie renouvelables, et vers une économie basée sur les matériaux s’appuyant sur un modèle circulaire[2]. Et ce changement devra non seulement impliquer tous les secteurs, mais il faudra que cela se produise très rapidement.

Au cours de l’année écoulée, alors que l’inflation s’est accélérée, les experts du marché ont tenté de savoir à quel point celle-ci était due aux dépenses d’un monde plus « vert ». Différents moteurs d’inflation ont été pris en compte et évalués, et les termes « greenflation » (inflation verte) et « greenium » (prime verte) ont été évoqués à maintes reprises. Des questions ont été posées sur le prix que nous sommes censés payer pour la transition vers une économie différente, plus durable, et un nouveau mode de vie. Et si ce coût était trop élevé.

De quoi s’agit-il ?

Pour citer Bill Gates dans son récent livre « Climat : comment éviter un désastre », la prime verte (ou « greenium » dans sa forme abrégée) est « [la] différence de coût entre un produit qui émet du carbone et un produit alternatif qui n’en émet pas ». La théorie veut que la transition du charbon, du pétrole et du gaz (combustibles fossiles) vers les énergies renouvelables, le déploiement des véhicules électriques, et des trains et navires à hydrogène, ainsi que les nouveaux types d’isolation des bâtiments, entraînent des coûts importants. Selon cette école de pensée, ces dépenses supplémentaires visant à atteindre des objectifs de neutralité carbone devraient provoquer une hausse de l’inflation.

La greenflation est-elle responsable de la hausse actuelle de l’inflation ?

Il s’agit certes d’une question complexe, mais la « greenflation » n’en est pas le principal moteur.

Les perturbations des chaînes d’approvisionnement dues à la pandémie de COVID ont fait grimper les prix des matières premières et de nombreux biens de consommation. Bien qu’il soit difficile de prédire la trajectoire de l’inflation compte tenu de l’incertitude entourant l’évolution de la pandémie de COVID-19, nous pensons que l’inflation devrait diminuer à mesure que les goulets d’étranglement de l’offre disparaîtront progressivement, que les marchés physiques ainsi que l’offre et la demande s’adapteront, et que les prix baisseront pour refléter cette évolution.

Si l’on considère une perspective à plus long terme de la transition énergétique, elle impliquera inévitablement des pics des prix de certaines matières premières. Ceux-ci peuvent concerner des matériaux rares requis pour divers équipements, machines et infrastructures nécessaires à l’électrification de l’économie. Ce type d’inflation devrait être fondamentalement dû à des problèmes de « démarrage », car la transition vers une économie plus circulaire et économe en énergie risque d’être difficile en raison des contraintes de temps.

Pourquoi ? Si la réglementation et la politique environnementales sont planifiées et communiquées de manière appropriée bien avant leur mise en œuvre, nous ne nous attendons pas à ce que ces perturbations aient un impact durable sur les prix des matières premières et des produits finis dans leur ensemble. Il est important de noter que ces évolutions sont relatives, si bien que la demande d’une matière première peut avoir un impact négatif sur les prix des autres. La flambée des prix du cuivre s’explique par une tendance nette en faveur de l’électrification. Cette même tendance fait entrevoir des effets négatifs à long terme pour le pétrole.

Toutefois, il est devenu évident, en particulier lors de la COP26 qui s’est tenue à Glasgow, que jusqu’à présent, les gouvernements et les entreprises n’ont pas avancé assez vite. Et si nous devons rattraper notre retard, nous n’aurons pas le temps d’attendre que l’offre des matières premières augmente pour pouvoir répondre efficacement à notre demande, ni que tout le monde se mette d’accord sur une feuille de route, ni que les législateurs et les régulateurs proposent un cadre soigneusement pondéré couvrant tous les aspects de la nouvelle économie. Le monde devra évoluer rapidement pour prévenir les changements climatiques avant qu’ils ne deviennent vraiment catastrophiques et irréversibles. Et cela signifie que nous devrons revoir nos attentes quant à notre confort lors de ce parcours.

Quelle est l’alternative ?

Les coûts de l’inaction retomberont principalement sur la prochaine génération, mais ils sont difficiles à envisager. En partie parce que le changement climatique aura inévitablement un coût humain élevé. Aujourd’hui déjà, les événements climatiques extrêmes ont un coût financier et économique énorme pour les gouvernements du monde entier. Ces dernières années, nous avons déjà été témoins de quelques-uns des pires exemples en Californie, en Australie, au Canada, en Alaska et nous avons très récemment pu constater le résultat des tornades meurtrières qui ont traversé les États-Unis. Les coûts de ces événements se chiffrent déjà à des centaines de milliards de dollars, assurés et non assurés.

Les scénarios les plus pessimistes prévoient notamment que de très vastes parties de notre planète deviendront inhabitables en raison de la chaleur et de la destruction de la flore et de la faune. Cela devrait se traduire par une immigration massive de ceux qui parviendront à survivre vers des « zones sûres » déjà surpeuplées, ce qui signifierait davantage de conflits, de guerres et de destruction.

La route vers la neutralité carbone est-elle uniquement pavée de coûts ?

Malgré tous les défis à venir, si nous agissons à temps, nous ne devons pas oublier que le passage à une économie circulaire et plus économe en énergie créera un large éventail d’évolutions positives. Elles engloberont la réglementation, les tendances sociétales et les changements de comportement des consommateurs, présenteront des opportunités d’investissement évidentes à long terme pour les gérants de portefeuille et auront de nombreuses ramifications positives dans tous les secteurs de l’économie mondiale.

La greenflation est-elle si inévitable ?

L’exemple des énergies renouvelables nous fait sérieusement douter que la « greenflation » devienne un défi insoluble. Lorsque, dans les années qui ont suivi la crise financière mondiale, des institutions comme l’Agence internationale de l’énergie (AIE) ont présenté leurs prévisions pour que les énergies renouvelables atteignent la parité réseau, leur évaluation pointait vers 2025-2030. Cependant, la réalité s’est avérée bien différente. Dans de nombreuses régions du monde, les énergies renouvelables ont atteint la parité réseau à peine cinq ans plus tard. En effet, les incitations des gouvernements ont permis une mise à niveau rapide - alors que le changement a eu un impact sur les prix des combustibles fossiles et a fait grimper l’inflation dans certaines parties de l’économie, dans d’autres, il a entraîné une baisse de l’inflation. Et le résultat global peut facilement être une absence totale de hausse de l’inflation.

 

[1] https://www.ipcc.ch/2021/08/09/ar6-wg1-20210809-pr/

[2] https://ellenmacarthurfoundation.org/topics/circular-economy-introduction/overview